Paix fragile : Les défis du maintien de la trêve de Gaza négociée par les États-Unis

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Fragile Peace: The Challenges of Maintaining the US-Brokered Gaza Truce
Credit: aljazeera.com

Les États-Unis, sous la présidence de Donald Trump, grand promoteur autoproclamé de la paix, ont réussi à négocier un accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hamas. Entré en vigueur le 9 octobre 2025, il a mis fin à deux années d’un conflit dévastateur ayant coûté la vie à des dizaines de milliers de personnes. Cet accord représente une étape cruciale, mais encore précaire, dans l’un des affrontements les plus complexes et prolongés du Moyen-Orient.

La trêve a été conçue comme la première phase d’un cadre de paix global visant à instaurer une stabilité durable à Gaza, grâce à un désarmement progressif des groupes armés, un retrait partiel d’Israël et l’introduction d’un nouveau système de gouvernance supervisé par la communauté internationale.

Cependant, la trêve a vacillé dès les premiers jours de sa mise en œuvre. Des attaques isolées et des frappes aériennes de représailles ont rapidement mis en évidence la difficulté d’imposer la paix dans un climat de méfiance et de fragmentation. L’armée israélienne a accusé des combattants du Hamas d’avoir attaqué une patrouille près de Rafah, tandis que les autorités palestiniennes ont signalé des victimes civiles lors des ripostes israéliennes. De son côté, le Hamas a reproché à Israël d’avoir violé l’accord en restreignant l’aide humanitaire et en retardant la libération des otages, pourtant stipulée dans les clauses essentielles du pacte négocié par Washington.

Donald Trump a minimisé ces incidents, les qualifiant de « frictions naturelles » propres aux débuts d’un tel processus. Mais, selon le vice-président JD Vance, le problème structurel le plus profond réside dans la fragmentation interne du Hamas. Les services de renseignement américains estiment qu’il existerait jusqu’à quarante cellules semi-autonomes agissant indépendamment, ce qui rend le commandement et le contrôle difficiles et compromet le respect des accords. Cette absence d’unité au sein du mouvement constitue l’une des principales menaces pour la réussite de la trêve, car des groupes dissidents peuvent aisément saboter les efforts de paix à grande échelle.

Efforts diplomatiques et dynamiques régionales

Si la trêve a permis de réduire l’ampleur des hostilités, la situation humanitaire à Gaza demeure catastrophique. Le blocus, les destructions d’infrastructures et les séquelles de la guerre ont plongé plus de deux millions de Gazaouis dans une dépendance totale à l’aide internationale. Selon les termes du cessez-le-feu, Israël et l’Égypte devaient rouvrir les points de passage majeurs et permettre la circulation de l’aide humanitaire sans restriction. Pourtant, à la fin de 2025, les ONG affirment que les livraisons restent bien inférieures aux promesses initiales.

Le poste-frontière de Rafah, principal point de passage entre Gaza et l’Égypte, reste ouvert de manière irrégulière et sous des mesures de sécurité strictes. Des organisations comme le Comité international de la Croix-Rouge et Médecins Sans Frontières ont publiquement averti que les restrictions persistantes risquent de provoquer une seconde crise humanitaire, malgré l’absence de combats ouverts. Un porte-parole du Hamas a qualifié la situation de « goutte d’eau dans l’océan », illustrant la frustration des Gazaouis, pour qui la trêve n’a apporté que peu de changements concrets à leur quotidien.

Israël maintient qu’il est nécessaire d’imposer des contrôles stricts pour empêcher la contrebande d’armes et garantir que l’aide soit distribuée sous supervision internationale. Les ONG, quant à elles, dénoncent des délais d’inspection excessifs et des fermetures arbitraires qui ralentissent la livraison de médicaments et de denrées essentielles. Ces obstacles logistiques et politiques mettent en lumière le paradoxe de la trêve de Gaza : une paix théorique qui ne se traduit pas par une amélioration réelle des conditions de vie civiles.

Libération d’otages et échanges de prisonniers

L’un des points les plus sensibles de la trêve concerne les échanges de prisonniers et la restitution des dépouilles d’otages. Israël accuse le Hamas de violer l’accord en retenant au moins quinze corps de soldats israéliens. Le Hamas, de son côté, invoque les blocages sécuritaires qui entravent ses efforts de récupération, tout en affirmant sa volonté d’agir lorsque les conditions le permettront.

La question des otages revêt une forte dimension politique. En Israël, elle accentue la pression sur le gouvernement et érode la confiance du public dans le processus de paix. Au sein du Hamas, certaines factions s’opposent à toute concession sur les prisonniers, y voyant une atteinte à leur légitimité révolutionnaire. Tant que ce dossier ne progresse pas, la trêve risque de perdre son soutien politique et populaire des deux côtés.

Sécurité et application du cessez-le-feu

Le déploiement sécuritaire le long de la frontière de Gaza, notamment dans la zone de démarcation dite « ligne jaune », demeure un foyer de tensions. L’accord prévoyait un retrait partiel des forces israéliennes, tout en leur laissant la possibilité de maintenir une surveillance aérienne et de riposter en cas d’attaque. Malgré cela, de nouveaux affrontements ont éclaté, causant des morts civiles et des destructions, suscitant les inquiétudes des observateurs internationaux.

Israël et le Hamas s’accusent mutuellement de sabotage : pose d’explosifs, tirs de mortiers ou violations de zones tampons. Des civils tentant de regagner leurs habitations détruites se retrouvent souvent pris entre ces échanges de tirs, illustrant les défis concrets d’imposer la paix dans des zones densément peuplées.

Selon les observateurs américains et onusiens déployés à Rafah, les violations restent sporadiques mais tendent à s’intensifier avec la montée des frustrations humanitaires. Les analystes de l’International Crisis Group mettent en garde contre une « instabilité gérée », où des ruptures fréquentes du cessez-le-feu deviennent la norme, au nom d’une paix de façade.

Une route incertaine vers la stabilité

À l’approche de la fin de l’année 2025, la trêve de Gaza négociée par les États-Unis apparaît davantage comme un succès diplomatique temporaire qu’une solution durable. Si elle a permis de contenir les violences à court terme, elle ne résout pas les causes structurelles du conflit : la désunion du Hamas, la rigidité sécuritaire d’Israël et la détresse humanitaire des Gazaouis.

Les experts estiment que la paix véritable dépendra de la restauration de la confiance politique et du développement économique, bien plus que du simple silence des armes. Tant que la vie quotidienne des habitants de Gaza ne s’améliorera pas, la trêve restera perçue comme une illusion. En Israël, la politique intérieure, dominée par les préoccupations sécuritaires et les équilibres de coalition, limite également la marge de manœuvre pour des concessions audacieuses.

Les prochains mois seront décisifs pour savoir si la trêve évoluera vers un cadre de coexistence durable ou si elle s’effondrera sous le poids des suspicions persistantes. Le succès de Washington et de ses alliés dépendra de leur capacité à équilibrer diplomatie, aide et mécanismes de contrôle dans l’un des conflits les plus intraitables au monde.

La trêve de Gaza soulève enfin une question plus large pour la diplomatie internationale en 2025 : une paix imposée de l’extérieur peut-elle durer lorsque les fractures internes et la méfiance restent si profondes ? La réponse façonnera non seulement l’avenir de Gaza, mais aussi la crédibilité même de la médiation internationale dans les conflits où la frontière entre guerre et paix demeure si mince.

Research Staff

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