La République d’Afrique du Sud a assumé la présidence du G20, le forum économique le plus influent du monde, de décembre 2024 à novembre 2025. C’était la première fois qu’un pays africain occupait cette fonction. Le sommet de Johannesburg, prévu pour novembre 2025, devait soutenir l’Agenda 2030 des Nations unies, accélérer le financement de l’adaptation climatique et promouvoir les priorités des économies en développement. Les autorités sud-africaines voyaient cette présidence comme un moment historique, soulignant la nécessité d’une réforme structurelle du système financier mondial.
Cependant, ce moment inédit a rapidement été assombri par une forte rupture diplomatique avec les États-Unis. L’administration Trump a annoncé qu’elle n’assisterait pas au sommet de Johannesburg et a accusé le gouvernement sud-africain de maltraiter la minorité blanche afrikaner, une accusation que Pretoria a constamment rejetée, la qualifiant de mise en scène politique. L’Afrique du Sud a également dénoncé la vision climatique de Washington, jugée biaisée et incompatible avec les objectifs de développement du pays.
La crise s’est encore aggravée lorsque les États-Unis ont proposé d’envoyer un simple responsable de rang inférieur de leur ambassade pour la cérémonie de passation de la présidence. Pretoria a refusé, déclarant que le président Cyril Ramaphosa ne remettrait pas la présidence à un représentant en dessous du rang de chef d’État. Cette impasse symbolisait l’ampleur de la fracture diplomatique, alors même que le G20 repose traditionnellement sur la continuité et la cohésion.
Défis pour l’unité du G20 et le multilatéralisme
Le sommet de Johannesburg a tout de même abouti à une déclaration portant sur la résilience climatique, les voies de restructuration des dettes et les transitions industrielles durables. Mais l’absence des États-Unis, première puissance économique mondiale, a fortement limité la capacité du G20 à produire une coordination politique significative.
Leadership fragmenté et tensions géopolitiques
C’était la première fois dans l’histoire du G20 qu’un document de consensus était adopté sans participation directe des États-Unis. Cet épisode a mis en lumière l’élargissement des divisions géopolitiques, alors que les centres de pouvoir mondiaux reconsidèrent leurs priorités face aux incertitudes économiques, aux rivalités technologiques et aux conflits persistants en Europe de l’Est.
L’absence de l’Argentine, qui n’a pas non plus participé, a encore fragilisé le forum. Pour de nombreux analystes, ces signes soulèvent des doutes sur la capacité future du G20 à fonctionner comme une plateforme unifiée de gouvernance économique mondiale.
Divergences d’agendas nationaux
Les priorités nationales divergentes ont profondément alimenté la crise. L’Afrique du Sud exigeait davantage de financements climatiques et un engagement renforcé envers la coopération multilatérale et les économies du Sud global. Les États-Unis, au contraire, défendaient une approche plus restreinte, critiquant ce qu’ils considéraient comme une politisation des mécanismes de développement.
Ces tensions révélaient aussi une fracture idéologique plus large. Pretoria défendait un ordre multipolaire et des réformes progressives des institutions internationales, tandis que Washington privilégiait une politique pragmatique axée sur ses intérêts nationaux et géopolitiques.
Implications pour les sommets futurs
Cette rupture sans précédent remet en question le cycle du G20 de 2026, organisé par les États-Unis. Washington a déjà signalé que l’Afrique du Sud pourrait être exclue des réunions préparatoires clés, ce qui irait à l’encontre des traditions du G20 et du principe d’égalité entre les membres.
Position stratégique de l’Afrique du Sud et rôle régional
La présidence sud-africaine représentait un moment clé pour l’ascension diplomatique et économique du continent africain. Pretoria a utilisé sa position pour attirer l’attention sur les problèmes auxquels sont confrontés les pays en développement : surendettement, transitions énergétiques spécifiques aux régions et accès limité aux technologies d’innovation pour les économies à faible revenu.
Le rôle de l’Afrique dans la gouvernance économique mondiale
L’Union africaine a salué la présidence sud-africaine, soulignant qu’il ne s’agissait pas seulement de participation, mais d’une véritable opportunité d’influencer l’agenda mondial. Cela s’est concrétisé par un budget record pour le sommet et une participation accrue de la société civile, des think tanks et des institutions régionales.
Cependant, la confrontation diplomatique avec les États-Unis a révélé les limites de l’influence africaine dans les institutions dominées par les grandes puissances. Les analystes ont averti que le boycott américain risquait d’affaiblir la prise en compte des préoccupations africaines, notamment sur le financement de l’adaptation climatique.
Contraintes d’une diplomatie de puissance intermédiaire
La présidence sud-africaine a également mis en évidence la fragilité de la diplomatie des puissances intermédiaires. Malgré sa capacité à rassembler les membres du G20 autour des questions climatiques et du développement, Pretoria a découvert que la gouvernance mondiale reste vulnérable aux conflits bilatéraux.
Cela a conduit à un débat parmi les analystes africains : le continent a-t-il besoin d’instruments collectifs plus puissants pour gérer les pressions exercées par les grandes puissances lors des négociations économiques mondiales ?
Implications pour la gouvernance mondiale et l’avenir du G20
Les événements du sommet de Johannesburg laissent entrevoir des changements profonds dans l’avenir du G20 et des institutions internationales.
Déplacement des centres de pouvoir et limites structurelles
La capacité du G20 à produire des politiques consensuelles dépend de plus en plus de sa faculté à concilier les priorités divergentes des puissances établies et des économies émergentes. La fracture entre les États-Unis et l’Afrique du Sud incarne ce choc de visions dans un monde multipolaire.
La demande croissante de représentation des pays du Sud global remet en question les structures traditionnelles dominées par les économies avancées.
Perspectives de réforme
En 2025, plusieurs pistes de réformes ont été proposées : rotation élargie des présidences, rôle accru des blocs régionaux, et mécanismes de règlement des différends renforcés au sein du G20. Mais ces réformes se heurtent aux divergences persistantes entre les grandes puissances.
Un forum en transformation à un moment critique
La présidence sud-africaine du G20 a révélé à la fois l’espoir d’un système international plus inclusif et la fragilité des relations internationales lorsque les rivalités géopolitiques dominent les agendas communs. Le sommet de 2026, organisé par les États-Unis, sera déterminant pour évaluer si le G20 peut surmonter ces fractures ou s’il s’oriente vers une reconfiguration profonde de son rôle dans la gouvernance mondiale.


