Le président iranien, Masoud Pezeshkian, a déclaré samedi que les États-Unis, en collaboration avec Israël et des pays européens, mènent une guerre totale contre l’Iran, en œuvrant conjointement à la destruction de son pays par des moyens militaires, économiques et politiques.
L’affirmation de Pezeshkian selon laquelle les États-Unis et d’autres pays sont engagés dans une « guerre à grande échelle » contre l’Iran dépasse la simple hyperbole rhétorique. Cette rhétorique révèle un moment critique dans une rivalité de quarante ans, qui a commencé par des affrontements militaires et des attaques contre des installations nucléaires, avant d’évoluer vers des désaccords politiques et des restrictions économiques.
Le conflit nucléaire en cours entre Téhéran et Washington est devenu manifeste en juin 2025, lorsque Israël, avec le soutien des États-Unis, a lancé des attaques contre des installations nucléaires iraniennes. L’environnement sécuritaire du Moyen-Orient a alors connu un changement majeur, rendant la région encore plus dangereuse.
Les racines de la rivalité entre les États-Unis et l’Iran
Les États-Unis et l’Iran ont entamé leur rivalité après la Révolution islamique de 1979, qui a mis fin au règne du Shah soutenu par Washington et porté au pouvoir la direction religieuse anti-occidentale de l’ayatollah Rouhollah Khomeini. La prise de l’ambassade américaine à Téhéran et la crise des otages de 444 jours ont instauré une méfiance durable dans la pensée stratégique et militaire des deux pays.
Washington a identifié l’Iran postrévolutionnaire comme une force déstabilisatrice, en raison de la diffusion de ses idées révolutionnaires, de son opposition à l’influence américaine au Moyen-Orient et de son soutien à des groupes armés tels que le Hamas, le Hezbollah et plusieurs milices chiites en Syrie et en Irak.
Du point de vue de Téhéran, les États-Unis sont apparus comme un ennemi existentiel cherchant l’asphyxie économique, le changement de régime et l’endiguement stratégique.
Le soutien secret des États-Unis à l’Irak de Saddam Hussein pendant la guerre Iran-Irak (1980–1988) a renforcé chez l’Iran la conviction que les puissances occidentales l’attaquaient. Depuis, la relation entre les deux pays a évolué à travers des conflits par procuration et des cyberattaques. Des opérations clandestines, des restrictions économiques et l’assassinat de scientifiques iraniens ont également marqué cette période.
Quel rôle Israël joue-t-il dans l’orientation de la politique américaine envers l’Iran ?
L’Iran et Israël sont engagés dans un affrontement permanent qui affecte leur survie, leurs objectifs stratégiques et leurs systèmes de croyances nationaux. Israël considère le programme nucléaire iranien et l’expansion régionale de Téhéran comme une menace directe pour sa sécurité, tandis que les dirigeants iraniens remettent en cause le droit même d’Israël à exister.
L’Iran dirige ce qu’il appelle « l’axe de la résistance » pour lutter contre l’influence israélienne et américaine, alors que plusieurs pays arabes ont œuvré à la normalisation de leurs relations diplomatiques avec Israël.
Israël a constamment fait pression sur Washington pour qu’il adopte une ligne plus dure envers l’Iran, en particulier concernant son programme nucléaire. Les services de renseignement israéliens mènent depuis longtemps des opérations de sabotage contre des installations iraniennes, notamment par l’assassinat de scientifiques nucléaires et l’attaque cybernétique Stuxnet.
Cependant, pour la première fois, la campagne israélienne s’est transformée en une attaque militaire directe et massive sur le territoire iranien, avec une implication ouverte des États-Unis, en juin 2025.
Comment les frappes américaines et israéliennes ont-elles fait monter les tensions en juin 2025 ?
Le conflit de 12 jours a débuté en juin 2025 lorsque Israël a mené une série sans précédent de frappes aériennes et de missiles contre des installations militaires et nucléaires iraniennes. Le gouvernement iranien a déclaré que ces attaques avaient causé plus de 1 000 morts et avaient visé des sites d’enrichissement, des bases de missiles, des centres de commandement ainsi que des zones proches de civils.
Après s’être joint à l’opération, les États-Unis ont bombardé trois sites nucléaires majeurs en Iran. Washington a justifié son intervention en affirmant qu’il s’agissait d’une action préventive destinée à stopper le développement nucléaire iranien et à garantir la sécurité régionale.
Les canaux diplomatiques se sont retrouvés paralysés à la suite de ces frappes, renforçant les accusations iraniennes de mauvaise conduite occidentale, notamment avec l’arrêt total des négociations nucléaires qui avaient repris en avril 2025.
La participation des États-Unis a confirmé, aux yeux de Téhéran, que les négociations servent d’outil d’intimidation. Washington a mené ces attaques en raison de son inquiétude croissante face à l’expansion du programme d’enrichissement de l’uranium iranien et au manque d’accès accordé aux agences internationales d’inspection.
Comment le différend nucléaire est-il devenu central dans la rivalité entre les États-Unis et l’Iran ?
Le désaccord fondamental entre les deux parties repose sur la question non résolue des armes nucléaires. Les États-Unis et leurs alliés accusent l’Iran de chercher à se doter de l’arme nucléaire, tandis que Téhéran affirme développer uniquement des projets énergétiques pacifiques.
"Iran should have signed the “deal” I told them to sign. What a shame, and waste of human life. Simply stated, IRAN CAN NOT HAVE A NUCLEAR WEAPON. I said it over and over again! Everyone should immediately evacuate Tehran!" –President Donald J. Trump pic.twitter.com/oniUSgsMWA
— The White House (@WhiteHouse) June 16, 2025
Le gouvernement iranien rejette ces accusations, affirmant que son programme est exclusivement pacifique et rappelant l’existence d’interdictions religieuses concernant les armes de destruction massive.
L’inquiétude de la communauté internationale s’est accrue lorsque l’Iran a restreint l’accès des inspecteurs sur son territoire tout en poursuivant la production d’uranium enrichi à des niveaux supérieurs à ceux requis pour un usage civil. En invoquant le non-respect par l’Iran de ses engagements précédents, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont rétabli des sanctions de l’ONU en septembre 2025.
Selon Téhéran, les actions occidentales contredisent leurs dénégations officielles. Israël, qui n’est pas signataire du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP), n’y est pas lié et disposerait probablement d’un programme nucléaire militaire secret. Pour l’Iran, la question nucléaire vise davantage à empêcher sa parité stratégique et son influence régionale qu’à lutter contre la prolifération.
Comment la stratégie de « pression maximale » de Trump a-t-elle remodelé le conflit ?
Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025 a marqué le rétablissement de la stratégie de « pression maximale » appliquée lors de son premier mandat. Ce plan repose sur des sanctions étendues destinées à affaiblir l’économie iranienne, à bloquer ses exportations pétrolières et à isoler diplomatiquement Téhéran.
La relation entre les États-Unis et l’Iran s’est encore détériorée sous l’effet de cette approche, qui combine sanctions renforcées et menaces militaires. La politique de Trump a entraîné des contre-mesures iraniennes et une avancée de son programme nucléaire, favorisant les affrontements militaires plutôt que les solutions diplomatiques.
Trump s’est retiré du JCPOA en 2018 afin de contraindre l’Iran à faire des concessions nucléaires et balistiques, imposant plus de 1 500 nouvelles sanctions visant les secteurs maritime, pétrolier et financier.
L’assassinat du général Qassem Soleimani en 2020 a conduit à un renforcement de la présence militaire américaine et à de nouvelles sanctions, poussant l’Iran à dépasser les limites d’enrichissement prévues. Après des attaques contre des pétroliers et des tirs de missiles sur des bases américaines, l’Iran a qualifié les forces américaines de terroristes et a émis des mandats d’arrêt symboliques contre Trump, illustrant l’escalade de l’hostilité.
Dans un mémorandum présidentiel sur la sécurité nationale daté du 4 février 2025, Trump a officiellement réinstauré la pression maximale sur l’Iran, ciblant son programme nucléaire, ses missiles et ses réseaux alliés, tout en promettant de réduire les exportations pétrolières à zéro.
En réponse, l’Iran a accéléré ses activités nucléaires et planifié de nouvelles centrales, qualifiant les négociations de « dénuées de sens » face aux sanctions. De son côté, Trump a menacé d’employer la force militaire contre le guide suprême Ali Khamenei dans une lettre envoyée en mars. Les États-Unis et l’Iran ont entamé des discussions directes en avril 2025, mais celles-ci ont échoué en raison du manque de confiance et du risque persistant d’affrontements militaires.


