La proclamation d’un blocage permanent de l’immigration en provenance des pays dits du « Tiers Monde » par le président Donald Trump a redéfini le paysage migratoire américain en 2025. Son annonce, consécutive à un incident à la Maison-Blanche impliquant un ressortissant afghan entré lors du programme d’évacuation de 2021, a circulé via Truth Social. Le message présentait ce gel comme une mesure corrective face aux défaillances du système et avertissait que les admissions accordées sous l’administration précédente seraient réexaminées, révoquées ou annulées partout où cela serait juridiquement possible. La nouvelle orientation de la politique vise particulièrement les migrations africaines, dont l’ampleur et la diversité ont fortement augmenté au cours de la dernière décennie.
Le durcissement de la rhétorique d’application, désormais étendu à l’immigration de long terme, secoue des voies jusque-là établies comme la réunification familiale, les visas professionnels et les entrées humanitaires. L’ambiguïté demeure un élément central de la proposition, mais le signal politique influence déjà les pratiques administratives concernant les mobilités africaines. La hausse des refus de visas, les retards de traitement et l’interprétation plus stricte du critère de charge publique témoignent de ce passage de la rhétorique à la pratique.
Origines du gel et évolution du récit politique
Trump ancre le gel dans les impératifs de sécurité intérieure, reprenant l’argumentaire des interdictions de voyager de son premier mandat, qui invoquaient des failles dans les procédures de vérification. Sa déclaration selon laquelle les États-Unis auraient « hérité de millions d’approbations » du mandat Biden sert de fondement à une réévaluation agressive des admissions passées. Bien qu’aucun décret finalisé n’ait encore vu le jour, les agences fédérales ont déjà lancé des examens internes concernant les admissions en provenance de pays historiquement associés à des risques sécuritaires.
Précédents historiques et nouveaux modèles émergents
Les observateurs de Washington notent que la politique s’inspire directement des interdictions de voyager de 2017 à 2020, notamment dans sa logique de restrictions par catégories larges. Les références aux « 19 nations précédemment identifiées » laissent supposer un chevauchement avec des pays comme la Somalie, l’Érythrée, le Soudan ou la Libye. Les spécialistes de la mobilité africaine avertissent que de telles classifications tendent à s’élargir, intégrant progressivement davantage de pays au gré des tensions géopolitiques.
Incertitudes pour les partenaires africains
Les gouvernements africains reçoivent désormais des messages contradictoires entre le département d’État et le département de la Sécurité intérieure. Certaines ambassades rapportent des retards accrus pour les entretiens de visas familiaux, déjà affectés par les arriérés structurels, tandis que d’autres constatent l’augmentation des demandes de documents supplémentaires pour les visas étudiants et professionnels. Ces contradictions renforcent l’incertitude quant à la liste finale des pays visés par le gel.
Définition des pays du Tiers Monde et portée potentielle
L’administration n’a pas clarifié ce qu’elle entend par « pays du Tiers Monde ». Des communications internes, citées par des collaborateurs du Congrès, évoquent une cartographie opérationnelle rappelant les anciennes listes fondées sur les risques sécuritaires plutôt que sur des critères économiques. Cette incertitude expose plus de vingt États africains à des restrictions accrues.
Flux migratoires et secteurs démographiques affectés
En 2024, l’Afrique subsaharienne a comptabilisé plus de 50 000 résidents permanents légaux admis aux États-Unis. Le Nigeria, l’Éthiopie, le Kenya, le Ghana et la République démocratique du Congo représentaient les principaux contingents. Une part importante de ces flux concerne les travailleurs qualifiés, notamment dans les secteurs de la santé et des technologies de l’information. Un gel toucherait ces populations et redéfinirait les marchés du travail, tant aux États-Unis que dans les villes africaines.
Dépendances économiques et réseaux de transferts de fonds
Les transferts de fonds demeurent une source économique majeure en Afrique, totalisant plus de 95 milliards de dollars en 2024. Selon les premières prévisions 2025 de la Banque mondiale, un resserrement de la politique migratoire américaine pourrait réduire significativement les envois d’argent au Ghana, en Éthiopie et au Nigeria si la mobilité professionnelle est entravée ou si les refus augmentent.
Premiers mécanismes d’application administrative
Le décret de Trump demande la révision des cartes vertes délivrées aux ressortissants de pays considérés comme des menaces sécuritaires. Des avocats affirment que des centaines d’Africains ayant achevé des procédures pluriannuelles reçoivent désormais des convocations pour de nouveaux examens ou entretiens. Ces retards, sans être des révocations officielles, constituent de facto des obstacles.
Règles de charge publique et restrictions des services sociaux
Le durcissement inclut également une interprétation plus restrictive de la charge publique. Les autorités exigent davantage de preuves financières pour de nombreux dossiers africains, rendant la procédure plus lourde et accélérant les refus.
Conséquences sur les mouvements migratoires africains
Les experts notent une forte baisse des approbations H-1B. Le taux de refus a augmenté d’environ un tiers début 2025, avec un impact notable sur les candidats kenyans et ghanéens. Cela affecte les multinationales implantées à Nairobi, Accra et Addis-Abeba qui utilisent les visas américains pour la mobilité interne de leurs équipes.
Impact sur la mobilité étudiante
Plus de 40 000 étudiants africains fréquentent chaque année les universités américaines. En 2025, ces établissements craignent une chute des inscriptions en raison d’un examen plus strict des nationalités ciblées. Les services d’admission du Texas et de Virginie signalent des délais accrus pour les candidats éthiopiens, ougandais et camerounais.
Pression sur l’asile et les voies humanitaires
Les approbations d’asile pour les Africains ont chuté de près de 20 % par rapport à 2023. Le plafond de réinstallation des réfugiés américains reste fixé à 7 500 personnes, avec des priorités alignées sur les préférences de l’administration. Cela place les réfugiés soudanais, congolais et érythréens dans une situation encore plus précaire alors que les conflits de la Corne de l’Afrique s’intensifient.
Impacts économiques et sociaux pour les pays africains
Les transferts de compétences de la diaspora, essentiels pour le développement technologique en Éthiopie, pourraient être ralentis ou interrompus. L’industrie médicale kenyane, qui dépend de la migration circulaire, anticipe des pénuries liées à la baisse des remittances. Le Nigeria, doté d’une diaspora massive, pourrait perdre des milliards en transferts si les refus se poursuivent en 2026.
Si certains économistes évoquent les bénéfices potentiels d’un retour de main-d’œuvre qualifiée, la faiblesse de l’absorption du marché du travail dans de nombreux pays suscite la crainte d’une hausse du chômage.
Contestations juridiques et débat politique émergent
Le caractère permanent du gel suscite une contestation juridique encore plus forte que celle des interdictions de voyager du premier mandat. Les organisations de défense dénoncent une violation des lois anti-discrimination et des normes internationales. Les républicains du Congrès soutiennent largement la mesure, bien que sa viabilité juridique dépende de la précision des catégories retenues.
Les gouvernements africains dénoncent diplomatiquement l’initiative. L’Union africaine la qualifie de contraire aux engagements en faveur d’une mobilité équitable et alerte sur les dommages durables pour les relations bilatérales.
Répercussions diplomatiques sur les relations États-Unis–Afrique
Le gel accentue un paysage diplomatique déjà fragile, marqué par des tensions récentes comme le boycott américain du Sommet du G20 de 2025 à Johannesburg. Les réductions d’aide sanitaire aggravent les tensions, notamment dans les pays où l’assistance américaine est essentielle pour la lutte contre le VIH/SIDA, la préparation aux pandémies et les programmes éducatifs. Certains responsables africains avertissent que ces pressions accélèrent un réalignement géopolitique vers la Chine ou les pays du Golfe, plus disposés à offrir mobilité et investissements.
Le gel de l’immigration apparaît ainsi comme un instrument structurant influençant la mobilité africaine, les marchés du travail et les relations internationales. Le degré de rigueur dans la mise en œuvre déterminera s’il devient un élément durable de la gouvernance migratoire mondiale ou un épisode transitoire d’un cycle politique instable.


