La désignation US CPC du Nigeria au-delà des récits religieux a suscité une attention renouvelée lorsque les États-Unis ont réinscrit le pays sur la liste des « pays particulièrement préoccupants » (Country of Particular Concern) en vertu de l’International Religious Freedom Act. Cette catégorie est réservée aux États responsables de violations graves de la liberté religieuse ou qui les tolèrent, et elle autorise Washington à appliquer des pressions diplomatiques ou des sanctions ciblées. La réintégration du Nigeria en 2025 annule la décision de 2021 de retirer le pays de cette liste, décision que la Commission américaine sur la liberté religieuse avait critiquée, estimant qu’elle ignorait l’aggravation de l’insécurité.
La décision de 2025 fait suite à un lobbying soutenu d’organisations telles qu’ADF International et d’associations chrétiennes nigérianes qui ont présenté des documents faisant état de persécutions systématiques. Plusieurs responsables politiques américains, dont le représentant Chris Smith, ont estimé que le gouvernement nigérian n’avait pas suffisamment protégé les groupes vulnérables. L’administration Trump a justifié la décision en soulignant des violations persistantes, notamment les attaques non résolues contre des églises et des communautés rurales dans la Middle Belt.
Bien que ces arguments aient influencé Washington, des analystes nigérians et des spécialistes des conflits internationaux affirment que la crise sécuritaire du Nigeria ne peut être comprise uniquement sous un prisme religieux. Les conflits du pays marqués par la criminalité armée, les rivalités ethniques, les tensions politiques et l’effondrement économique compliquent l’interprétation de la désignation CPC et de ses implications.
Des réalités plus larges derrière les violences au Nigeria
La désignation CPC des États-Unis appliquée au Nigeria dépasse le cadre strictement religieux lorsque l’on examine la nature multidimensionnelle de l’insécurité. Dans le centre et le nord du pays, les divisions ethniques, les conflits fonciers et les luttes pour des ressources en déclin se mêlent à la religion mais n’en découlent pas directement. La Middle Belt est marquée par des cycles de représailles entre éleveurs et agriculteurs, aggravés par le stress climatique, la rareté des terres et une gouvernance faible.
Pressions socioéconomiques et fragilités de gouvernance
Avec une population dépassant les 230 millions d’habitants, le Nigeria fait face à une montée de la pauvreté, à l’inflation et au chômage. Ces conditions renforcent l’influence des groupes armés non étatiques, des gangs criminels et des mouvements séparatistes, qui s’attaquent tant aux communautés chrétiennes que musulmanes. La crise est aggravée par les dysfonctionnements de la gouvernance, la lenteur judiciaire et l’insuffisance policière. Pour de nombreux analystes, l’incapacité de l’État est un facteur bien plus déterminant que sa complicité.
Récits divergents et risques de simplification excessive
Les observateurs de la sécurité au Nigeria avertissent que réduire la crise à une simple persécution religieuse risque d’aggraver les tensions. Le Dr Awwal Abdullahi Aliyu du Northern Consensus Movement for Peace déclarait en 2025 que « simplifier un paysage sécuritaire complexe en un seul récit religieux menace la cohésion nationale et invite à l’ingérence étrangère ». Une position partagée par des experts régionaux de consolidation de la paix, qui soulignent que la mauvaise interprétation des faits peut renforcer la méfiance intercommunautaire.
Des voix pour l’unité plutôt que la polarisation
Des leaders religieux des deux confessions insistent sur le fait que la violence touche l’ensemble de la population. Le pasteur Buru, figure chrétienne engagée dans la paix, rappelait à Kano que les récits d’un génocide unilatéral ne reflètent pas la réalité vécue par des communautés qui partagent difficultés et résilience. Des responsables musulmans, comme le secrétaire Hassan Abdul Rahman du Conseil supérieur de la charia du Nigeria, ont souligné que les représentations simplistes menacent des collaborations interreligieuses anciennes.
Appels à la réforme de la gouvernance et à l’inclusion économique
Les militants pour la paix affirment qu’une simple réponse antiterroriste ne peut stabiliser durablement le pays. Ils préconisent des réformes de gouvernance, une représentation politique équitable, des programmes d’emploi pour les jeunes et une lutte contre la corruption. Ils privilégient des solutions nationales plutôt qu’une intervention militaire étrangère, craignant les effets perturbateurs d’interventions internationales antérieures en Afrique.
Préserver l’harmonie communautaire face aux pressions extérieures
Des responsables religieux affirment que la désignation CPC nourrit la peur au sein de la population. Pour contrer les discours polarisants, ils promeuvent le dialogue communautaire, les mécanismes de médiation traditionnels et la coopération avec la société civile. Tous insistent sur le fait que la crise nigériane est nationale et non confessionnelle, et qu’elle doit être résolue par la solidarité plutôt que par la division politique.
Impact diplomatique sur les relations Nigeria–États-Unis
La désignation CPC du Nigeria, au-delà du cadre religieux, affecte les relations bilatérales. Alors que Washington présente la mesure comme une défense de la liberté religieuse, Abuja y voit une pression diplomatique complexe. Le gouvernement nigérian craint que l’intensification du contrôle américain n’entrave la coopération militaire, particulièrement dans la lutte contre Boko Haram, ISWAP et les réseaux criminels du nord-ouest.
Des analystes de sécurité notent que cette désignation peut revoir le calendrier de livraison d’équipements ou de programmes de formation militaires. En décembre 2025, un responsable nigérian anonyme a affirmé que le pays coopérerait, mais avec plus de conditions, évoquant la possibilité d’un levier politique américain.
Répercussions économiques et perception internationale
L’économie nigériane, déjà affaiblie par l’inflation et les fluctuations monétaires, pourrait subir davantage d’incertitudes si la désignation affecte la confiance des investisseurs. Certaines entreprises internationales considèrent les pays CPC comme plus risqués en raison d’un manque de stabilité ou d’un climat politique fragile. Des économistes nigérians avertissent que cette perception pourrait toucher les secteurs de l’énergie, de l’agriculture et de la technologie.
Enjeux géopolitiques plus larges
La désignation CPC intervient dans un contexte de compétition croissante entre les États-Unis et la Chine en Afrique. Les liens énergétiques et infrastructurels entre Abuja et Pékin pourraient se renforcer si le Nigeria considère la décision américaine comme une ingérence. Cette dynamique influence aussi la diplomatie régionale en Afrique de l’Ouest, où les pays voisins observent les réactions du Nigeria pour anticiper les répercussions sur les alliances régionales.
Repenser le cadrage des conflits dans la diplomatie internationale
La désignation CPC du Nigeria au-delà des récits religieux illustre une limite récurrente de la politique internationale : la difficulté à traiter des conflits multidimensionnels avec des catégories simplifiées. Si la liberté religieuse est essentielle, elle ne peut être dissociée des facteurs socioéconomiques, politiques et ethniques qui façonnent la crise nigériane.
Entre souveraineté, plaidoyer et engagement constructif
Diplomates et analystes soulignent que la conduite de relations efficaces avec le Nigeria nécessite une attention aux sensibilités politiques internes. Les stratégies perçues comme punitives peuvent renforcer le nationalisme, alors que des approches coopératives basées sur la réforme institutionnelle, les enquêtes indépendantes et la stabilisation communautaire ont davantage de chances d’établir la confiance.
Perspectives pour 2025 et orientations diplomatiques émergentes
Les futures décisions politiques dépendront des discussions en cours entre Abuja et Washington sur la désignation CPC. Les prochains mois montreront si les deux pays parviennent à dépasser les récits polarisants pour instaurer des initiatives renforçant l’obligation de rendre compte, la gouvernance sécuritaire et l’harmonie intercommunautaire. L’enjeu dépasse les relations bilatérales : il concerne la stabilité de l’Afrique de l’Ouest et la manière dont la communauté internationale aborde les droits humains dans des contextes complexes.
À un moment où le pays se trouve à un carrefour sécuritaire et diplomatique, ce débat offre une occasion cruciale de repenser la manière dont les processus internationaux interagissent avec les réalités d’un des acteurs les plus importants du continent africain.


