Le pari de 10 Md$ de Trump : Le Board of Peace surpassera-t-il les efforts de l’ONU à Gaza ?

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Trump's $10B Gamble: Will the Board of Peace Outshine UN Gaza Efforts?
Credit: Reuters

Lors de sa première réunion, le président des États-Unis, Donald Trump, a annoncé son intention d’allouer 10 milliards de dollars au nouveau Board of Peace. Cette promesse vise à accélérer la reconstruction de Gaza après une trêve fragile censée mettre fin aux principales hostilités fin 2025. Le total initial comprend neuf autres pays contribuant à hauteur de 7 milliards de dollars, portant le montant global à 17 milliards, alors que les besoins estimés pour une reconstruction complète atteignent environ 70 milliards de dollars.

Cette annonce illustre une volonté de redéfinir le leadership de la reconstruction en s’éloignant des institutions multilatérales traditionnelles. En accueillant le conseil au sein du Donald J. Trump U. Institute of Peace récemment rebaptisé, l’administration a signalé une ambition de permanence plutôt qu’un simple mécanisme ponctuel de donateurs. Plus de 40 pays étaient présents au lancement, signe d’une large participation diplomatique, malgré l’absence de certains alliés occidentaux.

Architecture financière et premières participations internationales

Le modèle financier du conseil repose sur un système structuré de contributions : le statut de membre permanent exige un engagement d’un milliard de dollars. Cette conception vise à lier investissement financier et influence dans la gouvernance. Les partisans estiment qu’elle favorise la responsabilité et accélère la mobilisation des fonds en réduisant les lenteurs bureaucratiques.

La base de financement est élargie par des contributions régionales, notamment de l’Arabie saoudite, du Koweït, de Bahreïn, du Maroc, du Kazakhstan, de l’Azerbaïdjan et de l’Ouzbékistan, pour un total d’environ 7 milliards de dollars. Des contributions supplémentaires proviennent également des Nations Unies et de la FIFA, diversifiant les flux financiers, bien qu’elles restent modestes face aux besoins globaux.

Cette structure hybride combine consortium de donateurs et plateforme de gouvernance, intégrant États, partenaires régionaux et institutions privées au sein d’un cadre unique.

Conception de la gouvernance et seuils d’adhésion

L’exigence d’un minimum d’un milliard de dollars pour les sièges permanents constitue une rupture avec les modèles multilatéraux fondés sur le consensus. Les critiques y voient une marchandisation du pouvoir susceptible de privilégier les acteurs les plus riches au détriment de la représentativité.

Néanmoins, la direction du conseil présente ce système comme un moyen d’assurer un engagement à long terme plutôt qu’une participation symbolique.

Nabil Shaath, chef commissaire du Comité national pour l’administration de Gaza, a reconnu les difficultés opérationnelles, soulignant que la reconstruction devra progresser par étapes dans un contexte sécuritaire et institutionnel fragile.

Le conseil entend éviter les déficits financiers qui ont marqué des projets antérieurs. Reste à savoir si ce modèle améliorera la coordination ou engendrera une certaine exclusivité.

Le rôle continu de l’ONU dans la reconstruction de Gaza

Depuis 2025, l’aide à Gaza est largement coordonnée par les United Nations. Environ 10 milliards de dollars ont été mobilisés par l’UNRWA et d’autres agences d’ici mi-2025 pour financer l’aide alimentaire, les soins de santé et les abris temporaires après les destructions massives d’infrastructures.

Cependant, des difficultés opérationnelles persistent : contrôles aux frontières, procédures de sécurité complexes et craintes de détournement ont ralenti les livraisons. À la fin de 2025, seulement 40 % des promesses de dons avaient été effectivement décaissées, illustrant les blocages procéduraux propres aux grands cadres multilatéraux.

En février 2026, le Secrétaire général Antonio Guterres a annoncé une nouvelle enveloppe de 2 milliards de dollars pour Gaza, tout en appelant à une implication accrue du secteur privé et en mettant en garde contre la fragmentation des canaux d’aide.

Selon les responsables onusiens, les mécanismes existants garantissent transparence, neutralité et légitimité internationale. Toutefois, la prise de décision consensuelle peut retarder les déploiements d’urgence. Cette tension structurelle constitue un point central dans l’évaluation du pari de 10 Md$ de Trump face aux efforts de l’ONU à Gaza.

Contrôle sécuritaire et mécanismes d’intégrité de l’aide

Le système onusien met l’accent sur des dispositifs de traçabilité destinés à prévenir la mauvaise utilisation des fonds et des matériaux. Bien que protectrices, ces procédures ralentissent les calendriers de décaissement, notamment dans des contextes d’autorité contestée.

Le Board of Peace propose une gouvernance plus allégée intégrée à son modèle. Ses défenseurs estiment que cela réduit les tensions entre bailleurs et exécutants. Les critiques avertissent qu’un allègement des contrôles pourrait accroître les risques en l’absence de garanties de transparence comparables à celles de l’ONU.

Mécanismes de surveillance de la sécurité et d’intégrité de l’aide

La structure des Nations Unies privilégie les systèmes de suivi visant à prévenir le détournement de fonds et de matériel. Bien que ces processus soient protecteurs, ils peuvent ralentir les calendriers de décaissement. Les procédures de surveillance sont nécessaires, mais chronophages, surtout dans un contexte d’autorité contestée.

Le modèle du Conseil de la paix propose une gouvernance allégée, intégrée à son propre modèle. Ses partisans estiment que cela minimise les tensions entre bailleurs de fonds et exécutants. Ses détracteurs soulignent qu’une réduction des niveaux procéduraux peut engendrer davantage de risques, en l’absence de mécanismes de protection de la transparence aussi robustes que ceux en vigueur dans le système des Nations Unies.

Forces de stabilisation et architecture sécuritaire

Au-delà des engagements financiers, cinq pays: l’Indonésie, le Maroc, le Kazakhstan, le Kosovo et l’Albanie ont promis de fournir des troupes pour une force internationale de stabilisation proposée. Cette initiative vise à assurer la sécurité pendant les phases de reconstruction, dans un contexte de violences persistantes après le cessez-le-feu.

Selon les autorités sanitaires de Gaza, plus de 600 personnes seraient décédées depuis l’entrée en vigueur de la trêve, renforçant l’argument selon lequel la reconstruction nécessite des garanties sécuritaires solides.

Objectifs du déploiement et équilibre régional

La force proposée ne suit pas le modèle classique des opérations de maintien de la paix des Nations Unies. La participation de pays à majorité musulmane pourrait renforcer la légitimité régionale et faciliter l’acceptation locale.

Cependant, l’absence de certains États occidentaux lors de la création du conseil révèle des divergences géopolitiques. Certains alliés redoutent des chevauchements de mandats institutionnels ou une redéfinition des fonctions de maintien de la paix en dehors du cadre onusien.

L’intégration de la sécurité et du financement de la reconstruction constitue l’un des éléments distinctifs du pari de 10 Md$ du Board of Peace face aux efforts de l’ONU à Gaza.

Coordination avec les accords sécuritaires existants

Les plans de stabilisation du conseil se superposent aux mécanismes de mise en œuvre du cessez-le-feu prévus pour fin 2025. Une coordination étroite avec les structures de gouvernance locales et les observateurs internationaux sera indispensable afin d’éviter conflits de compétence et duplications.

L’équilibre entre contrôle sécuritaire et neutralité humanitaire déterminera la capacité des chantiers de reconstruction à fonctionner sans nouvelle escalade. La cohérence opérationnelle des États impliqués sera essentielle pour maintenir la confiance des investisseurs et protéger les civils.

Implications géopolitiques et concurrence institutionnelle

La création du Board of Peace introduit une ligne de gouvernance alternative aux côtés de l’ONU. Plutôt que de remplacer les institutions multilatérales, il semble les compléter par un leadership axé sur le capital et des partenariats ciblés.

Cette approche à double voie reflète une tendance plus large de la gouvernance mondiale, où des coalitions de donateurs privilégient des plateformes thématiques contournant parfois les structures formelles. Avec 17 milliards de dollars mobilisés initialement, le conseil s’impose comme un acteur majeur, bien qu’encore loin de couvrir l’ensemble des besoins.

Répartition de l’influence et alignements régionaux

La participation des États du Golfe et de contributeurs non occidentaux illustre l’évolution des équilibres d’influence dans la diplomatie moyen-orientale. Ces alignements pourraient peser sur les futures négociations relatives à la gouvernance de Gaza.

Parallèlement, l’alignement avec les systèmes internationaux existants reste indispensable pour éviter une fragmentation institutionnelle. Les résultats à long terme dépendront de la légitimité institutionnelle, de la confiance des donateurs et de l’efficacité opérationnelle.

Viabilité à long terme de la reconstruction

Avec environ 53 milliards de dollars encore nécessaires, la viabilité du processus dépendra d’un engagement financier soutenu et d’une stabilité politique durable. Les calendriers de reconstruction pourraient s’étendre sur plusieurs années.

Le succès du modèle du conseil dépendra non seulement de sa capacité financière, mais aussi de la transparence de sa gouvernance et de son articulation avec les structures administratives locales.

Alors que les grues commencent à apparaître et que les forces de stabilisation se préparent à être déployées, l’épreuve décisive du pari de 10 Md$ de Trump face aux efforts de l’ONU à Gaza résidera dans l’exécution plus que dans l’annonce. Les mois à venir détermineront si des engagements financiers concentrés peuvent compléter les systèmes multilatéraux établis ou si des modèles concurrents de reconstruction redéfiniront l’architecture de la gouvernance post-conflit à Gaza.

Research Staff

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