Le Mali, ainsi que son voisin le Burkina Faso, ont récemment annoncé une interdiction totale de visa à l’encontre des citoyens des États-Unis, en réponse à des mesures de réciprocité faisant suite aux restrictions de visas imposées par Washington le mois précédent. Ces deux pays d’Afrique de l’Ouest, dirigés par des régimes militaires, rejoignent une liste croissante d’États mettant en place des restrictions de visa « œil pour œil » à l’encontre des visiteurs américains.
« Conformément au principe de réciprocité, le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale informe la communauté nationale et internationale que, avec effet immédiat, le gouvernement de la République du Mali appliquera aux ressortissants américains les mêmes conditions et exigences que celles imposées aux citoyens maliens »,
a déclaré le ministère malien dans un communiqué.
Le ministre des Affaires étrangères du Burkina Faso, Karamoko Jean-Marie Traoré, a publié un communiqué distinct invoquant lui aussi le principe de réciprocité pour justifier l’interdiction de visa de son pays.
Ces annonces sont intervenues après la décision du président américain Donald Trump d’étendre les interdictions de visa à 39 autres pays d’Afrique, d’Asie, du Moyen-Orient et d’Amérique latine, au nom de la sécurité nationale.
Quels pays ont imposé des restrictions de visa aux citoyens américains ?
Les nouvelles règles américaines, entrées en vigueur le 16 décembre, ont touché les ressortissants du Laos, du Niger, de la Sierra Leone, du Soudan du Sud, de la Syrie, ainsi que les Palestiniens détenteurs de documents de voyage délivrés par l’Autorité palestinienne. En réponse, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont adopté des mesures de représailles.
Le Niger a interdit l’entrée aux citoyens américains, invoquant l’interdiction imposée par les États-Unis à ses propres ressortissants. Le Tchad a cessé de délivrer des visas aux citoyens américains le 6 juin, à l’exception des responsables officiels des États-Unis, citant également les restrictions américaines antérieures.
Ces pays du Sahel dirigés par des juntes militaires ont formé en juillet 2024 l’Alliance des États du Sahel afin de faire face aux menaces sécuritaires et de renforcer la coopération commerciale, ce qui complique davantage les relations diplomatiques.
Combien de pays sont actuellement concernés par les restrictions de visa américaines ?
Selon le Council on Foreign Relations, 39 pays sont soumis à des restrictions d’entrée totales ou partielles aux États-Unis.
Pays totalement interdits :Afghanistan, Burkina Faso, Tchad, Guinée équatoriale, Érythrée, Haïti, Iran, Laos, Libye, Mali, Myanmar, Niger, République du Congo, Sierra Leone, Somalie, Soudan du Sud, Soudan, Syrie, Yémen, ainsi que les détenteurs de documents de voyage palestiniens.
Pays partiellement restreints :Angola, Antigua-et-Barbuda, Bénin, Burundi, Cuba, Dominique, Gabon, Gambie, Côte d’Ivoire, Malawi, Mauritanie, Nigeria, Sénégal, Tanzanie, Togo, Tonga, Turkménistan, Venezuela, Zambie, Zimbabwe.
À noter que 26 des 39 pays concernés se trouvent en Afrique, ce qui souligne un impact disproportionné sur le continent.
Les États-Unis ciblent-ils spécifiquement les pays africains ?
De nombreux experts estiment que la politique de Donald Trump à l’égard de l’Afrique s’inscrit dans la continuité du « Muslim Ban » instauré lors de son premier mandat, qui incluait initialement la Somalie, le Soudan et la Libye aux côtés de pays du Moyen-Orient. Le Soudan a depuis été retiré de la liste, tandis que le Tchad y a été ajouté.
Quel est l’impact sur les relations commerciales entre les États-Unis et l’Afrique ?
Les relations commerciales se sont détériorées durant le second mandat de Trump. L’African Growth and Opportunity Act (AGOA), qui accordait un accès en franchise de droits au marché américain et avait permis la création de plus de 1,5 million d’emplois en Afrique, a expiré en septembre 2025 après que le Congrès n’a pas réussi à le prolonger. Les exportations africaines sont désormais soumises à des droits de douane élevés, parfois pour des raisons politiques.
Par exemple, l’Afrique du Sud est soumise depuis lors à un tarif douanier de 30 %, après que Donald Trump a affirmé l’existence d’un « génocide » contre la minorité blanche afrikaner, une accusation largement contestée. Bien que le président sud-africain Cyril Ramaphosa ait plaidé pour le maintien de relations diplomatiques, les États-Unis ont maintenu leur position tout en offrant aux Afrikaners la possibilité de se réinstaller sur le sol américain.
Trump a également fait de l’accès aux terres rares une priorité stratégique afin de concurrencer la Chine dans ce domaine. Il a contribué à résoudre un conflit entre la République démocratique du Congo et le Rwanda lié aux ressources minières et a parrainé un accord de paix le 4 décembre. Toutefois, les violences perpétrées par les rebelles du M23 contre les populations civiles se sont poursuivies malgré cet accord.
Comment l’aide étrangère américaine a-t-elle été affectée ?
Au début de l’année 2025, l’administration Trump a fermé l’Agence américaine pour le développement international (USAID), supprimant plusieurs milliards de dollars d’aide étrangère et affectant gravement les pays africains dépendants des services humanitaires et sanitaires américains.
Des organisations non gouvernementales ont signalé une recrudescence de la faim dans le nord du Nigeria, en Somalie et dans le nord-est du Kenya. Des experts en santé prévoient un recul des progrès dans la lutte contre le VIH et le paludisme au Lesotho, en Afrique australe et au Cameroun.
Malgré l’engagement de 400 millions de dollars pour des projets de santé au Cameroun, cette aide reste conditionnée à d’importantes dépenses internes, illustrant le levier considérable que conservent les États-Unis sur les budgets d’aide destinés à l’Afrique.
Qu’en est-il de la coopération sécuritaire contre les groupes armés ?
Les États-Unis poursuivent leurs frappes militaires contre les groupes affiliés à l’EIIL et à Al-Qaïda, notamment en Somalie et, pour la première fois cette année, dans le nord-ouest du Nigeria. Selon des responsables américains, ces opérations sont essentielles pour protéger des populations vulnérables, telles que les communautés chrétiennes. Le gouvernement nigérian soutient toutefois que l’ensemble de la population est touché par les violences.
Ces opérations illustrent la complexité des relations entre les États-Unis et l’Afrique, marquées à la fois par des partenariats sécuritaires et par des tensions profondes liées au commerce, aux visas et aux politiques de développement.
Comment le droit international considère-t-il les interdictions de visa réciproques ?
Selon la Convention de Vienne sur les relations consulaires et les règles du droit international coutumier, les États sont en droit de restreindre l’admission d’étrangers pour des raisons de sécurité. Toutefois, les organisations de défense des droits humains rappellent que les restrictions de visa doivent respecter les principes de non-discrimination, les engagements humanitaires et le droit à une procédure équitable.
Plusieurs ONG estiment que ces interdictions sont punitives et contre-productives, en particulier pour des pays déjà confrontés à des conflits armés et à des crises migratoires.


