Le Safeguard American Voter Eligibility (SAVE) America Act est un projet de loi parrainé par des élus républicains visant à renforcer la réglementation de l’inscription des électeurs et des conditions de vote lors des élections fédérales. Le texte impose aux citoyens américains de prouver leur citoyenneté en personne et de présenter une pièce d’identité avec photo pour pouvoir voter.
Les partisans du projet affirment qu’il est nécessaire pour empêcher les non-citoyens de voter, tandis que ses opposants estiment qu’il priverait de leur droit de vote des millions d’électeurs éligibles, en particulier ceux qui ne disposent pas de passeport, d’acte de naissance ou de documents d’identité à jour.
Pourquoi les républicains poussent-ils ce projet maintenant ?
Il y a plusieurs années, les républicains avaient déjà tenté de faire adopter différentes versions du SAVE America Act. Les versions précédentes avaient été approuvées par la Chambre des représentants, mais avaient échoué au Sénat en raison de la règle exigeant une majorité de 60 voix pour faire avancer la plupart des textes législatifs.
La relance actuelle intervient dans un climat de débat politique intense autour de l’intégrité électorale et des accusations de fraude électorale, malgré le fait que les experts indiquent que le vote de non-citoyens ne semble pas répandu aux États-Unis. La direction républicaine soutient que le projet répond aux attentes des citoyens qui réclament des garanties plus strictes dans le processus électoral.
Quelles preuves de citoyenneté seraient exigées ?
Selon le projet de loi, les électeurs devraient présenter des documents attestant qu’ils sont nés aux États-Unis, notamment :
- Une pièce d’identité officielle conforme au REAL ID indiquant la citoyenneté
- Un passeport américain
- Une carte d’identité militaire accompagnée d’un dossier de service indiquant une naissance aux États-Unis
- Une pièce d’identité officielle avec photo mentionnant le lieu de naissance aux États-Unis
- D’autres pièces d’identité gouvernementales accompagnées d’un acte de naissance ou d’un document de naturalisation
Les personnes inscrites par correspondance devraient également présenter une preuve de citoyenneté en personne, ce qui modifierait en profondeur les pratiques actuelles d’inscription sur les listes électorales.
Que se passe-t-il si une personne ne peut pas fournir de documents de citoyenneté ?
Le projet de loi prévoit que les États mettent en place des procédures pour les personnes incapables de fournir ces documents. Cela inclurait notamment une déclaration sous serment signée, sous peine de parjure, attestant de la citoyenneté, accompagnée d’éléments justificatifs. Un responsable électoral local ou étatique devrait ensuite signer un affidavit confirmant l’éligibilité de la personne.
Les États seraient également tenus de croiser les listes électorales avec des bases de données fédérales et étatiques — y compris celles du département de la Sécurité intérieure et de l’Administration de la sécurité sociale — afin d’identifier les non-citoyens.
Une pièce d’identité avec photo serait-elle obligatoire pour voter ?
Oui. La version la plus récente du projet impose l’obligation de présenter une pièce d’identité avec photo pour voter, y compris pour le vote par correspondance, auquel cas une copie de la pièce d’identité devrait être fournie.
Les documents d’identité indiquant la citoyenneté seraient requis. Si ces informations ne sont pas fournies, des documents supplémentaires seraient nécessaires pour établir la citoyenneté, sauf si l’État peut la vérifier via des bases de données fédérales. Les critiques estiment que ce système s’apparente à une politique de type « montrez vos papiers » appliquée au vote.
Les non-citoyens votent-ils réellement aux États-Unis ?
La loi fédérale interdit déjà aux non-citoyens de voter lors des élections fédérales. La loi de 1996 sur la réforme de l’immigration illégale (Illegal Immigration Reform and Immigrant Responsibility Act) prévoit jusqu’à un an de prison pour les non-citoyens reconnus coupables de vote illégal.
Les cas documentés de vote de non-citoyens sont statistiquement rares :
- Géorgie (2024) : 20 non-citoyens parmi 8,2 millions d’électeurs inscrits
- Ohio (2024) : 597 non-citoyens inscrits ; 138 dossiers transmis pour enquête parmi 8,1 millions d’électeurs
- Texas (2024) : 2 724 non-citoyens potentiels parmi 18,6 millions d’électeurs
Certaines juridictions locales en Californie, dans le Maryland, le Vermont et à Washington D.C. autorisent les non-citoyens à voter aux élections locales, mais pas aux élections fédérales.
Pourquoi les démocrates qualifient-ils le projet de suppression du vote ?
Les démocrates affirment que le SAVE Act restreint l’accès au vote, en particulier pour les groupes marginalisés, les personnes âgées, les populations à faibles revenus, les habitants des zones rurales et les personnes ayant changé de nom après un mariage.
Le chef de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, a qualifié le texte de « mort-né » au Sénat et l’a même comparé à un « Jim Crow 2.0 », accusant les républicains de fédéraliser la suppression du vote. Il affirme également que la loi mettrait fin à l’inscription des électeurs par courrier, en ligne ou via des campagnes d’inscription de masse, et entraînerait des purges massives des listes électorales.
Combien d’Américains pourraient être concernés ?
Selon une enquête menée en 2023, notamment par le Brennan Center, plus de 3,8 millions d’Américains ne disposeraient pas de documents prouvant leur citoyenneté. D’après les données du département d’État en 2025, environ 170 millions de passeports américains valides sont en circulation, soit près de la moitié de la population des États-Unis.
Pourquoi les républicains estiment-ils que la loi relève du bon sens ?
Les républicains soutiennent que l’exigence d’une preuve de citoyenneté et d’une pièce d’identité avec photo est essentielle pour sécuriser les élections et préserver la confiance du public.
Le président de la Chambre, Mike Johnson, a cité des sondages montrant un large soutien populaire :
- 83 % des Américains soutiennent l’obligation d’une pièce d’identité officielle avec photo pour voter (Pew Research, 2024)
- 83 % soutiennent également l’exigence d’une preuve de citoyenneté pour les électeurs votant pour la première fois (Gallup, 2024)
Selon les républicains, ces mesures sont cruciales pour garantir l’intégrité des élections et protéger les institutions démocratiques.
Que disent les critiques sur les risques de mise en œuvre ?
Les experts en droits de vote qui ont analysé le projet de loi expriment de vives inquiétudes quant aux difficultés administratives qu’il pourrait engendrer. Eliza Sweren-Becker, spécialiste des droits électoraux au Brennan Center, a qualifié la loi de « catastrophique pour les électeurs américains » et de
« véritable alerte maximale pour l’administration électorale ».
Quel est le contexte politique plus large ?
La question recoupe également les tentatives de l’administration Trump d’obtenir l’intégralité des données d’inscription des électeurs de tous les États, une démarche qui soulève des préoccupations similaires en matière de protection de la vie privée. Des injonctions judiciaires ont été prononcées contre l’accès à des données sensibles en Californie et dans l’Oregon, tandis que certains États sont engagés dans des poursuites pour avoir refusé de se conformer aux demandes de l’administration.
L’ensemble du débat illustre une fracture idéologique plus large entre le droit de vote et la sécurité électorale, une tension qui pèsera lourdement sur les processus électoraux de 2026 et 2028.


