La personnalité politique de Donald Trump se définit depuis longtemps par trois traits : une obsession pour la vengeance, une propension à pousser l’autorité présidentielle jusqu’à ses limites, et un refus obstiné d’accepter la défaite. Sa dernière tentative manquée de poursuivre pénalement six parlementaires démocrates illustre parfaitement ces trois caractéristiques — et souligne la pression croissante que son approche exerce sur les institutions démocratiques américaines.
Bien que la décision du grand jury fédéral de ne pas inculper les parlementaires n’ait pas apaisé leurs inquiétudes, plusieurs d’entre eux — comme le sénateur d’Arizona Mark Kelly et la sénatrice du Michigan Elissa Slotkin — ont publié des déclarations avertissant l’administration de ne pas renouveler une telle tentative.
Les parlementaires se préparent à d’autres représailles
La plupart de ces six élus, anciens membres des forces armées ou des services de renseignement, avaient diffusé une vidéo exhortant les militaires à respecter leur devoir légal de désobéir à tout ordre inconstitutionnel ou illégal. Cette vidéo a provoqué la colère de Trump, qui les a qualifiés de « traîtres » et de « séditieux », allant jusqu’à affirmer qu’ils méritaient la « peine capitale ».
Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a renforcé cette rhétorique en lançant une procédure visant à rétrograder Kelly de son grade militaire à la retraite et à réduire sa pension — une mesure que les critiques jugent dangereuse, brouillant la frontière entre politique de sécurité nationale et vengeance politique.
Rejet du grand jury : un rare contrepoids démocratique
Mardi, les procureurs n’ont pas réussi à convaincre le grand jury de Washington d’inculper le président Bush — une situation inhabituelle, car le seuil de mise en accusation est généralement bas. Ce refus représente un cas rare où des citoyens ordinaires ont opposé un frein au pouvoir présidentiel.
Les parlementaires démocrates ont salué cette décision comme une victoire constitutionnelle. La représentante Maggie Goodlander l’a qualifiée de « victoire pour la Constitution », estimant que le refus du jury traduisait une résistance face à un abus de pouvoir et à une mauvaise utilisation des fonds publics.
Une vidéo controversée relance le débat sur la séparation civilo-militaire
La vidéo des parlementaires reste au centre de controverses. Certains l’ont dénoncée comme une provocation politique susceptible d’impliquer indûment l’armée dans des affaires partisanes, surtout dans un contexte marqué par de récentes frappes américaines douteuses contre des trafiquants de drogue présumés dans le Pacifique et les Caraïbes.
Les partisans des élus défendent toutefois leur initiative, estimant qu’ils ne faisaient que rappeler leur attachement aux principes constitutionnels et exercer leurs droits garantis par le Premier Amendement. Criminaliser ces actions reviendrait à transformer en profondeur les principes démocratiques en érigeant la dissidence d’élus en délit.
Les recours judiciaires soulignent les tensions entre pouvoirs
Mark Kelly a déjà engagé une action en justice, accusant le Pentagone de violer son droit à la liberté d’expression garanti par le Premier Amendement. Un juge fédéral lui a donné raison sur le fond, soulignant les risques pour les parlementaires issus de l’armée s’ils n’étaient plus autorisés à s’exprimer sur des questions militaires.
Cette affaire met en lumière la tension croissante entre le Congrès et la Maison-Blanche quant à la place de la surveillance parlementaire et de la contestation politique.
L’indépendance du ministère de la Justice mise à l’épreuve
L’échec de cette tentative d’inculpation a ravivé le débat sur l’indépendance du ministère de la Justice (DOJ). Les critiques estiment que l’administration Trump a effacé la barrière historique entre le DOJ et la présidence, transformant le département en instrument de représailles politiques.
Le représentant Jamie Raskin a accusé la procureure générale Pam Bondi d’avoir fait du DOJ « l’instrument de vengeance de Trump », affirmant que les poursuites étaient motivées par des exigences présidentielles plutôt que par le droit.
Tests de loyauté politique et précédents inquiétants
Certains observateurs craignent que des procureurs aient intenté des procédures fragiles pour ne pas contrarier Trump, soulevant des questions sur l’intégrité de la prise de décision au sein du DOJ. Si ces inculpations avaient abouti, le précédent aurait été alarmant : des membres du Congrès auraient pu être poursuivis pénalement pour avoir critiqué un président, fragilisant encore davantage la liberté d’expression des citoyens ordinaires.
Pam Bondi rejette toute accusation de politisation et affirme au contraire que l’administration Biden avait auparavant utilisé le DOJ contre Trump. Ce conflit illustre une défiance croissante envers les institutions américaines et des récits opposés sur l’état de droit.
Des chefs républicains timides dans leur défense du Congrès
L’épisode a également révélé des divisions au sein du Parti républicain. Le président de la Chambre, Mike Johnson, a d’abord déclaré que les parlementaires « méritaient probablement d’être inculpés », avant d’atténuer ses propos, tout en continuant à critiquer la vidéo. Le chef de la majorité au Sénat, John Thune, a désapprouvé la démarche des élus mais jugé les poursuites injustifiées, réaffirmant sa confiance dans le système judiciaire.
Ces réactions traduisent la réticence des dirigeants républicains à s’opposer ouvertement à l’usage agressif du pouvoir d’État par Trump.
Une liste croissante de cibles politiques
L’affaire de ces parlementaires s’inscrit dans un schéma plus large. D’autres critiques de Trump — dont la procureure générale de New York, Letitia James, l’ancien directeur du FBI James Comey et l’ancien directeur de la CIA John Brennan — ont également fait l’objet d’enquêtes ou de menaces judiciaires. Dans plusieurs cas, les grands jurys ou tribunaux ont rejeté les charges, alimentant les craintes de poursuites à motivation politique.
Le représentant Jason Crow, l’un des élus visés, a menacé de poursuivre l’administration si celle-ci tentait un nouvel acte d’accusation, l’accusant de détourner l’argent des contribuables pour cibler des adversaires politiques.
L’arme judiciaire comme stratégie de gouvernance
Trump revendique ouvertement la logique de la revanche, déclarant un jour : « Si vous vous en prenez à moi, je m’en prendrai à vous », justifiant ainsi les représailles. Cette approche s’inscrit dans une philosophie de gouvernement où le système judiciaire devient un instrument de guerre politique plutôt qu’une institution indépendante.
L’échec de cette série d’inculpations constitue un revers rare pour Trump — mais, selon les critiques, il ne suffit pas à freiner une campagne plus vaste visant à intimider les opposants et à concentrer toujours davantage le pouvoir exécutif.


