La plainte du Minnesota contre le déploiement de l’ICE par Trump soulève des questions constitutionnelles

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Minnesotas Klage gegen den ICE-Einsatz unter Trump wirft verfassungsrechtliche Fragen auf
Credit: AP Photo

Le 26 janvier 2026, un juge fédéral a entendu les arguments de l’État du Minnesota, qui demandait une ordonnance restrictive temporaire afin d’empêcher une vaste opération d’application des lois sur l’immigration mise en place par l’administration Trump. Le gouvernement fédéral a déployé environ 3 000 agents de l’immigration dans l’État, une présence que le Minnesota considère comme une occupation inconstitutionnelle.

La question posée dans cette affaire constitue un enjeu constitutionnel radical : le gouvernement fédéral aurait outrepassé ses compétences et violé le 10ᵉ amendement de la Constitution, qui réserve certains pouvoirs aux États. L’affaire, Minnesota v. Noem, place au cœur du débat le pouvoir d’exécution fédéral et la souveraineté des États.

Quelle est la principale question juridique soumise au tribunal ?

Les avocats du Minnesota soutiennent que le gouvernement fédéral empiète illégalement sur les pouvoirs de police de l’État, un domaine traditionnellement réservé aux États par la Constitution. Ils estiment que l’application des lois sur l’immigration, telle qu’elle est menée au Minnesota, franchit une ligne qui affaiblit l’autorité de l’État.

Leurs arguments invoquent notamment des violations :

  • du 10ᵉ amendement
  • du principe de souveraineté égale
  • du premier amendement
  • de l’Administrative Procedure Act, affirmant que le gouvernement fédéral agit de manière arbitraire et capricieuse

Parmi ces arguments, les experts juridiques estiment que celui fondé sur le 10ᵉ amendement est le plus controversé et le moins éprouvé devant les juridictions modernes.

Quand l’application fédérale de la loi viole-t-elle le 10ᵉ amendement ?

Cette question semble être d’une importance capitale pour la juge fédérale Kate M. Menendez, qui évolue dans un paysage juridique particulièrement flou et marqué par l’absence de précédents clairs. Le corpus jurisprudentiel le plus développé relatif au 10ᵉ amendement concerne la doctrine dite de l’« anti-commandeering », selon laquelle le gouvernement fédéral ne peut contraindre les États ou leurs agents à appliquer le droit fédéral contre leur volonté.

Toutefois, la plainte déposée par le Minnesota ne s’inscrit pas clairement dans ce cadre. Plutôt que d’affirmer que le gouvernement fédéral oblige l’État à coopérer, le Minnesota se plaint de la présence et des activités d’agents fédéraux appliquant le droit de l’immigration d’une manière que l’État juge inconstitutionnelle. Selon les experts juridiques, si la doctrine de l’anti-commandeering est bien établie, l’argument selon lequel l’application directe des lois fédérales par le gouvernement violerait les pouvoirs de police d’un État reste largement inexploré.

L’argument du Minnesota repose-t-il sur des précédents juridiques ?

Historiquement, la Cour suprême a brièvement envisagé, au milieu du XXᵉ siècle, la notion de « pouvoirs fondamentaux des États », suggérant que certaines activités — telles que la localisation de la capitale d’un État, la gestion des ressources naturelles ou la fixation des salaires des employés publics — échappaient à l’autorité fédérale.

Cette notion a toutefois été largement rejetée dans l’arrêt Garcia v. San Antonio Metropolitan Transit Authority de 1985, dans lequel la Cour suprême a estimé que l’identification de pouvoirs fondamentaux des États était trop vague et trop politique pour être déterminée par les tribunaux.

Cette décision a entraîné une réticence des juridictions à surveiller de cette manière la frontière entre pouvoir fédéral et pouvoir étatique. L’affaire du Minnesota revient, en pratique, à demander aux tribunaux de revenir sur une approche que la Cour suprême a explicitement abandonnée.

Comment l’administration Trump a-t-elle réagi ?

L’administration Trump a rejeté les arguments constitutionnels avancés par l’État du Minnesota, affirmant que le président agit pleinement dans le cadre de ses pouvoirs légaux pour faire appliquer les lois fédérales sur l’immigration. Bien que le Minnesota ait soulevé plusieurs objections constitutionnelles, il semble que l’administration soit particulièrement confiante quant à l’échec probable de l’argument fondé sur le 10ᵉ amendement.

Qu’est-ce que le principe de souveraineté égale — et pourquoi est-il controversé ?

L’un des arguments les plus surprenants avancés par le Minnesota repose sur le principe de souveraineté égale, issu de la décision de la Cour suprême dans Shelby County v. Holder en 2013. Dans cette affaire, la Cour a invalidé une disposition clé du Voting Rights Act, estimant que le gouvernement fédéral n’avait pas l’autorité de traiter certains États différemment des autres sans justification valable. Le président de la Cour, John Roberts, avait écrit que les États doivent être traités de manière égale par la Constitution.

Cependant, comme le soulignent les universitaires du droit, ce principe a très peu évolué depuis la décision Shelby County et a fait l’objet de nombreuses critiques. De plus, son application aux actions d’exécution de l’exécutif, comme le suggère le Minnesota, constituerait une rupture majeure. Une telle interprétation pourrait sérieusement affaiblir la capacité de la branche exécutive à exercer son pouvoir discrétionnaire, élément essentiel de l’application de la loi. Elle pourrait même empêcher les agences fédérales d’agir différemment selon les États en cas d’urgence, de catastrophe ou de crise locale.

Comment la décision du juge pourrait-elle affecter l’application future des lois ?

Une action en justice plus traditionnelle a déjà été intentée par le Minnesota dans une affaire intitulée Tincher v. Noem, affirmant que les agents de l’Immigration and Customs Enforcement ont violé la loi et outrepassé leurs pouvoirs. Dans cette affaire, la juge Menendez a accordé une mesure provisoire, actuellement suspendue dans l’attente d’un appel devant la Cour d’appel du 8ᵉ circuit.

L’affaire fondée sur le 10ᵉ amendement, en revanche, a des implications beaucoup plus vastes. Une victoire du Minnesota pourrait modifier fondamentalement la relation entre le gouvernement fédéral et les États, et pourrait limiter l’application des lois sur l’immigration, voire d’autres lois fédérales. Les opposants à cette action estiment qu’un tel précédent pourrait avoir des conséquences inattendues en affaiblissant l’autorité fédérale, en permettant de contester l’application inégale des lois fédérales.

Research Staff

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