La réduction des vols d’urgence dans les grands aéroports, les menaces soudaines de « décertification » des avions fabriqués au Canada et la fermeture inattendue de certains espaces aériens ont illustré à quel point des choix politiques imprévisibles peuvent perturber l’industrie aérienne. L’infrastructure du transport aérien dépend fortement d’une politique gouvernementale stable et prévisible, mais l’administration Trump a contribué à des perturbations dans ce secteur.
Les annonces gouvernementales ont parfois semé la confusion et forcé les compagnies aériennes à réagir dans l’urgence, laissant les passagers dans l’incertitude.
Que s’est-il passé avec la fermeture de l’espace aérien d’El Paso ?
La perturbation la plus récente est survenue lorsque la Federal Aviation Administration (FAA) a soudainement suspendu tous les vols dans la région d’El Paso pendant 10 jours, avec peu de préavis ou d’explications. La fermeture a finalement été levée dès le lendemain matin.
Le secrétaire aux Transports Sean Duffy a ensuite expliqué que la suspension était liée à des incursions de drones par des cartels mexicains de la drogue. Toutefois, selon des sources citées par The New York Times, les autorités de l’immigration testaient un système expérimental de laser anti-drones emprunté au Pentagone, ce qui aurait entraîné la fermeture avant que la FAA ne puisse évaluer les risques.
Le consultant du secteur Bob Mann a averti qu’une telle incertitude mine la confiance dans l’aviation, estimant que cela « ne favorise clairement pas le transport aérien », mais « alimente plutôt les doutes ».
Pourquoi le système aérien américain est-il déjà vulnérable ?
Le système de transport aérien des États-Unis a toujours été vulnérable aux perturbations liées aux conditions météorologiques, aux pannes techniques et au vieillissement des infrastructures. Depuis des décennies, il souffre d’un manque d’investissements dans les radars, les systèmes informatiques et le personnel, notamment les contrôleurs aériens.
Les changements politiques soudains décidés à Washington ont ajouté un nouvel élément d’incertitude pour les compagnies aériennes et leurs clients.
La menace de décertification des avions canadiens a-t-elle semé la confusion ?
Deux semaines auparavant, Donald Trump avait publié sur les réseaux sociaux que les États-Unis allaient « décertifier » tous les aéronefs fabriqués au Canada en réponse au traitement réservé par le gouvernement canadien à l’homologation des avions américains. Cette annonce a semé la confusion quant au maintien en service de milliers d’avions et d’hélicoptères canadiens sur le territoire américain.
Le gouvernement a ensuite précisé que la mesure ne concernait que les nouveaux appareils.
Les réductions de vols ont-elles été annoncées trop tardivement ?
À la suite de la paralysie partielle du gouvernement fédéral, la FAA a annoncé une réduction de 10 % des vols dans 40 grands aéroports. Bien que la décision ait été communiquée à court préavis, elle n’était pas totalement inattendue, le secrétaire Duffy ayant déjà évoqué un manque d’effectifs.
M. Duffy a déclaré que ces réductions étaient nécessaires pour des raisons de sécurité, tandis que le département des Transports a affirmé que le différend sur les avions canadiens n’avait eu aucun impact sur les voyageurs et que le Canada avait finalement accédé aux exigences américaines.
L’administration affirme-t-elle privilégier la sécurité ?
Le département des Transports a assuré que la sécurité restait la priorité absolue de l’administration, qualifiant M. Duffy d’« élément essentiel de l’équipe » ayant obtenu un « succès considérable ». Il a mis en avant les progrès réalisés dans la modernisation des systèmes de contrôle aérien et le renforcement des effectifs.
L’administration a obtenu du Congrès un financement de 12,5 milliards de dollars pour moderniser les infrastructures aériennes vieillissantes, une avancée saluée par le secteur comme la plus importante depuis des décennies.
Les protections des passagers sont-elles en recul ?
Cependant, malgré les améliorations des infrastructures, de nombreuses décisions politiques ont davantage favorisé les compagnies aériennes que les consommateurs. L’administration actuelle a annulé des mesures mises en place sous l’ère Biden concernant l’indemnisation des perturbations, réduit les obligations de transparence sur les frais des compagnies, abandonné les projets de compensation obligatoire en espèces et pris ses distances avec les politiques permettant aux familles de s’asseoir ensemble sans frais supplémentaires.
Le département des Transports examine également sa politique de sanction des infractions des compagnies aériennes et envisage de privilégier la conformité volontaire plutôt que les amendes, actuellement plafonnées à 75 000 dollars par infraction. Des organisations de défense des consommateurs craignent que cette évolution n’entraîne une surveillance moins stricte du secteur.
Pourquoi les défenseurs des consommateurs sont-ils inquiets ?
Les groupes de défense des consommateurs estiment qu’un allègement de la réglementation et une application plus souple des règles encourageraient les transporteurs à ignorer les droits des passagers. Ils ont critiqué la décision du département d’annuler des pénalités s’élevant à plusieurs millions de dollars imposées à de grandes compagnies.
L’association professionnelle Airlines for America s’est félicitée du recul des protections des consommateurs, tandis que le département des Transports a justifié cette décision comme une correction d’un excès de zèle de l’administration précédente.
L’ancien secrétaire aux Transports Pete Buttigieg a répliqué que des protections plus strictes avaient amélioré le comportement des compagnies, accru les remboursements et contribué à maintenir les tarifs aériens en dessous des niveaux d’avant la pandémie.
Les voyageurs font-ils face à une nouvelle confusion en matière de sécurité et de règles ?
Les voyageurs ont également été confrontés à des changements imprévisibles dans les aéroports. L’application des règles relatives au Real ID a été inégale, et la Transportation Security Administration (TSA) a récemment instauré des frais de 45 dollars pour les passagers ne disposant pas d’une pièce d’identité conforme au Real ID.
D’autres modifications, comme la suppression de l’obligation d’enlever ses chaussures lors des contrôles de sécurité, ont été mises en œuvre avec peu d’avertissement, créant de la confusion pendant les périodes de forte affluence. L’ancien employé de la TSA Caleb Harmon-Marshall a décrit les effets de ces changements soudains.
L’imprévisibilité devient-elle la nouvelle norme du transport aérien ?
L’administration Trump a engagé des investissements significatifs dans les infrastructures et le personnel de l’aviation. Toutefois, la multiplication des annonces abruptes et des revirements réglementaires a accru l’incertitude pour les voyageurs et les compagnies aériennes.
Alors que les politiques continuent d’évoluer rapidement, les critiques avertissent que l’imprévisibilité — et non la sécurité — pourrait devenir la caractéristique dominante du transport aérien aux États-Unis.


