Les efforts de lobbying du RSS révèlent des fissures dans les lois américaines sur l’influence étrangère

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
RSS-Lobbying offenbart Risse in den US-Gesetzen zur ausländischen Einflussnahme
Credit: Idrees Mohammed/AFP via Getty Images

Au-delà des élections libres et des institutions indépendantes, l’intégrité de la démocratie américaine repose sur la transparence, en particulier lorsque des acteurs étrangers tentent d’influencer la politique des États-Unis. Le fait d’ignorer, d’affaiblir ou d’appliquer de manière sélective ces mécanismes de transparence a des conséquences bien au-delà de Washington. Cela envoie un signal clair aux mouvements radicaux et aux gouvernements autoritaires du monde entier : les lois américaines peuvent être contournées subtilement, retardées ou déformées.

Cette réalité devient particulièrement évidente à Washington avec le cas du Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS), une puissante organisation nationaliste hindoue dont le siège se trouve en Inde. Le RSS a commencé à faire pression sur des membres du Congrès américain par l’intermédiaire d’un important cabinet de lobbying basé à Washington, DC, sans s’enregistrer au titre de la loi sur l’enregistrement des agents étrangers (Foreign Agents Registration Act – FARA). Si les questions juridiques à elles seules constituent déjà un problème grave, l’ensemble de la situation mérite une attention accrue en raison de ses implications pour les droits humains, la gouvernance démocratique et l’ingérence étrangère dans les affaires des États.

L’influence étrangère et l’objectif de la loi FARA

La loi FARA existe pour une raison précise. Adoptée en 1938 dans un contexte de préoccupations liées à la propagande nazie aux États-Unis, elle visait à garantir que les citoyens américains et leurs représentants élus sachent quand des acteurs étrangers tentent d’influencer l’opinion publique ou les politiques américaines. Elle n’interdit pas le lobbying — elle impose la divulgation.

En vertu du droit américain, toute personne agissant « sur ordre, à la demande ou sous la direction » d’un mandant étranger dans des activités politiques ou de lobbying doit s’enregistrer au titre de la FARA. La loi est volontairement large et couvre les arrangements indirects et les structures intermédiaires, précisément parce que les opérations d’influence étrangère reposent souvent sur plusieurs niveaux de dénégation.

Pourtant, selon des documents publics et des enquêtes journalistiques menées par Prism, la campagne de lobbying du RSS aurait contourné ce cadre légal. Squire Patton Boggs (SPB), un cabinet de lobbying bien connu, s’est enregistré plus tôt cette année pour faire pression sur le Congrès au sujet des « relations bilatérales États-Unis–Inde » et a perçu des centaines de milliers de dollars. Cependant, ni l’enregistrement FARA du cabinet ni le statut du RSS en tant qu’entité étrangère n’ont été mentionnés dans les déclarations officielles.

La question des intermédiaires et les signaux d’alerte juridiques

Il est rapporté que l’effort de lobbying du RSS a transité par un intermédiaire basé aux États-Unis, State Street Strategies (opérant sous le nom de One+ Strategies), que SPB a désigné comme son client direct. Des experts juridiques ont souligné que de tels arrangements n’exemptent en rien les activités de lobbying des obligations prévues par la FARA. Au contraire, les structures intermédiaires soulèvent souvent des préoccupations supplémentaires quant à des tentatives délibérées de dissimuler le véritable mandant étranger.

Choisir de s’enregistrer sous la Lobbying Disclosure Act (LDA) plutôt que sous la FARA limite considérablement l’accès du public à l’information. Les déclarations LDA fournissent beaucoup moins de détails sur les stratégies, les contacts et les objectifs. En conséquence, le Congrès et le public restent dans l’ignorance quant aux personnes ciblées, aux messages transmis et aux intérêts réellement défendus.

Il ne s’agit pas d’une simple erreur technique — c’est un échec de transparence aux coûts démocratiques bien réels.

Pourquoi le RSS importe au-delà de l’Inde

Pour comprendre pourquoi les communautés minoritaires et les défenseurs des droits humains se sont alarmés de cette opération de lobbying, il est essentiel de comprendre la nature même du RSS.

Fondé en 1925, le RSS est historiquement classé par la majorité des chercheurs comme une organisation paramilitaire nationaliste hindoue d’extrême droite. Les fondateurs de l’organisation ont exprimé ouvertement leur soutien à l’idéologie nazie ainsi qu’à d’autres mouvements fascistes européens. Le Bharatiya Janata Party (BJP), qui dirige actuellement l’Inde, repose sur le socle idéologique élaboré par le RSS depuis sa création.

Le RSS a compté le Premier ministre indien Narendra Modi parmi ses membres tout au long de sa vie, alors qu’il gravissait les échelons au sein de l’organisation.

Les conséquences d’une gouvernance alignée sur le RSS en Inde ont été largement documentées par des organisations de défense des droits humains, des universitaires et même des agences gouvernementales américaines. Elles incluent un recul de la démocratie, une réduction de l’espace civique, une intolérance religieuse accrue et une augmentation des violences contre les minorités.

Concernant les organisations affiliées au RSS, la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale (U.S. Commission on International Religious Freedom) a émis de nombreux avertissements faisant état de « décennies de violences extrêmes et d’intolérance ». Le Département d’État américain a également documenté des préoccupations relatives à la liberté religieuse, aux violences de foule et aux politiques discriminatoires sous le régime du BJP.

Un réseau mondial, pas un mouvement local

Le RSS ne se limite pas à l’Inde. Selon plusieurs enquêtes, il dispose de milliers d’organisations affiliées opérant en Amérique du Nord, en Europe et dans d’autres régions du monde. Grâce à sa portée transnationale, le RSS est désormais un mouvement idéologique mondial capable d’influencer des gouvernements étrangers, de mobiliser les diasporas et de façonner des récits, au-delà de son rôle d’acteur politique indien.

Les conséquences sont profondément personnelles pour les Américains sikhs, musulmans, les minorités chrétiennes et d’autres groupes. Le RSS cherche à instaurer un Hindu Rashtra, un État fondé sur la suprématie hindoue en Inde. Ce modèle relègue les non-hindous au rang de citoyens de seconde zone, à moins qu’ils ne se convertissent à l’hindouisme ou n’acceptent des droits restreints.

Les pogroms anti-sikhs de novembre 1984 ont causé la mort de milliers de personnes, des membres du RSS étant accusés d’avoir participé ou soutenu les attaques violentes. Selon plusieurs rapports, ces massacres ont reçu l’approbation de dirigeants influents du RSS, laissant des séquelles psychologiques durables au sein des communautés sikhes vivant hors d’Inde.

Le rôle des cabinets de lobbying américains

L’implication de Squire Patton Boggs a encore accru les interrogations. Le cabinet a déjà assuré la défense de clients internationaux impliqués dans de graves violations des droits humains, notamment en représentant une entreprise médiatique saoudienne liée à des responsables sanctionnés après l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi. SPB avait mis fin à cette relation commerciale face à une opposition publique répétée et à des résistances au Congrès.

Les précédents historiques soulèvent des questions difficiles : les organisations ont-elles tiré les leçons de leur passé, ou continuent-elles de privilégier des contrats étrangers au détriment de leur réputation et de leurs responsabilités éthiques ?

À Washington, les cabinets de lobbying jouent un rôle de gardiens de l’accès au pouvoir. Ils influencent non seulement les politiques, mais confèrent également une forme de légitimité lorsqu’ils choisissent de représenter des intérêts étrangers controversés de manière opaque.

Un test pour les institutions américaines

Au-delà du respect formel de la loi, cette affaire constitue une épreuve fondamentale pour les institutions américaines. Le ministère de la Justice mènera-t-il une évaluation approfondie afin de déterminer si la FARA s’applique à cette situation ? Les membres du Congrès feront-ils preuve de diligence avant d’interagir avec des lobbyistes liés à des mouvements extrémistes ou sectaires ?

La transparence transcende les clivages politiques. Elle est une condition essentielle au bon fonctionnement de toute démocratie. Pour les Américains sikhs et les autres communautés concernées, les signaux d’alerte sont douloureusement familiers. L’histoire montre clairement les conséquences qui surviennent lorsque des idéologies d’exclusion deviennent normalisées tandis que leur responsabilité demeure impunie.

Les États-Unis ont encore le choix. Ils peuvent réaffirmer que les lois sur la transparence s’appliquent de manière égale à tous les acteurs étrangers, indépendamment des considérations géopolitiques. Ou ils peuvent laisser le silence et l’inaction créer un précédent où la démocratie elle-même devient négociable. Comme l’histoire l’a démontré à maintes reprises, le coût de détourner le regard est toujours plus élevé que celui de faire appliquer la loi.

Research Staff

Research Staff

Sign up for our Newsletter