Trump veut exclure l’Afrique du Sud du G20 : Répercussions géopolitiques et implications

Share on facebook
Share on twitter
Share on linkedin
Trump’s Push to Exclude South Africa from G20: Geopolitical Fallout and Implications
Credit: JIm Lo Scalzo/EPA/Bloomberg

En 2025, une montée des tensions diplomatiques entre les États-Unis et l’Afrique du Sud s’est produite lorsque le président américain Donald Trump a recommandé que Pretoria soit exclue du G20. Ses déclarations, faites quelques semaines avant le tout premier sommet du G20 organisé sur le sol africain à Johannesburg, accusent l’Afrique du Sud de discriminer sa minorité afrikaner blanche et de corruption au sommet de l’État – des allégations catégoriquement démenties par le gouvernement sud-africain.

Ce scandale place Pretoria au centre d’un ouragan politique dépassant largement les relations bilatérales. En déclarant que l’Afrique du Sud ne devrait « même plus faire partie du G », Trump remet en cause la légitimité de sa participation et attaque les principes d’inclusivité et de représentation mondiale sur lesquels repose l’évolution récente du G20. Cette controverse surgit alors que le groupe cherche à élargir son agenda aux questions de développement économique africain et de réforme des institutions financières internationales.

Décryptage des critiques de Trump et des initiatives américaines

Les critiques de Trump sont liées à l’histoire de la redistribution des terres en Afrique du Sud, politique visant à corriger les inégalités héritées de l’apartheid. Il a présenté ces initiatives comme des expropriations ciblées de fermiers blancs, reprenant un discours fréquent dans certains cercles conservateurs américains. Début 2025, son équipe a ravivé ce débat en assimilant la réforme agraire à une persécution étatique, relançant les discussions médiatiques sur la gouvernance et les droits humains.

Parallèlement, les services d’immigration américains ont confirmé la reconduction d’un programme de réfugiés lancé sous Trump, prévoyant 7 500 visas pour des candidats afrikaners blancs au cours de l’exercice 2026. Pretoria a dénoncé une ingérence politique, accusant Trump d’exploiter les divisions raciales à des fins électorales internes.

Impact sur les relations américano-sud-africaines

Cette position complique l’approche diplomatique de Washington envers le continent. Bien que l’administration Biden ait entretenu des partenariats via le Sommet États-Unis-Afrique et le programme Prosper Africa, la rhétorique de Trump laisse présager un retour au désengagement. Son refus annoncé d’assister au sommet de Johannesburg illustre un scepticisme plus large vis-à-vis du multilatéralisme et des structures de gouvernance économique mondiale.

Un tel recul affaiblirait l’influence américaine en Afrique, où la Chine, la Russie et l’Union européenne étendent progressivement leurs positions par le commerce, les infrastructures et l’énergie. Pour l’Afrique du Sud, hôte du G20 2025, la présidence du sommet symbolise les ambitions du continent pour une représentation équitable dans les affaires mondiales. Les propos de Trump sont ainsi perçus comme une attaque non seulement contre Pretoria, mais contre l’ascension africaine sur la scène internationale.

Réponses sud-africaines et portée régionale

Les dirigeants sud-africains ont réagi avec retenue mais fermeté, défendant la légitimité de leurs politiques internes et l’image du pays. Le porte-parole présidentiel Chrispin Phiri a réaffirmé l’engagement de l’Afrique du Sud à organiser un sommet G20 réussi et représentatif de la voix africaine dans la gouvernance mondiale. Il a qualifié les accusations de persécution de minorités de « non fondées et politisées ».

La diplomatie sud-africaine rappelle que la réforme agraire est un processus constitutionnel visant à corriger les injustices structurelles sans violer les droits de propriété. Les responsables accusent Trump de déformer les faits pour engranger des gains politiques dans un climat préélectoral tendu aux États-Unis.

L’Union africaine et les répercussions continentales

Le différend résonne sur tout le continent. L’Afrique n’avait auparavant aucune présence institutionnelle au G20, mais l’adhésion formelle de l’Union africaine en 2023 a marqué un tournant. La présidence sud-africaine du sommet 2025 symbolise la quête d’une meilleure représentation dans la gouvernance mondiale. Les remarques de Trump pourraient être interprétées comme un mépris envers l’Afrique, renforçant la cohésion continentale et la volonté d’autodétermination face aux puissances extérieures.

Certains analystes africains y voient la preuve d’un déséquilibre persistant dans la diplomatie mondiale : les dirigeants occidentaux conservent le pouvoir de délégitimer un pays en unilatéralisme. Pour Pretoria, défendre sa place au G20 revient donc à défendre la voix du continent tout entier.

Enjeux géopolitiques et institutionnels plus larges

La structure informelle et consensuelle du G20 ne prévoit aucun mécanisme d’exclusion ; la participation repose sur le jugement politique plutôt que sur un traité. La demande de Trump, dépourvue de valeur juridique, possède néanmoins une portée symbolique considérable. Elle met en lumière la vulnérabilité des forums internationaux où les rivalités politiques érodent les objectifs économiques communs.

L’épisode souligne combien ces structures reposent sur la bonne volonté diplomatique : si les grandes puissances sapent cette base, le G20 perd sa raison d’être comme espace de dialogue. Les experts avertissent que la polarisation croissante entre membres risque d’entamer la crédibilité du forum.

L’avenir de l’engagement américain dans les forums mondiaux

Le refus de Trump d’assister au sommet de Johannesburg marque un tournant dans la participation américaine multilatérale. Durant son précédent mandat, les États-Unis s’étaient retirés d’accords tels que l’Accord de Paris et l’OMS avant d’y revenir sous Biden. Sa nouvelle offensive contre certaines instances internationales traduit un retour à une diplomatie transactionnelle, axée sur le profit national immédiat plutôt que la stabilité mondiale à long terme.

Ce choix pourrait coûter cher à Washington : alors que les grandes économies diversifient leurs alliances, une absence prolongée laisserait un vide exploité par la Chine et l’Inde, toutes deux favorables à une intégration africaine accrue dans les systèmes commerciaux et financiers mondiaux. Ce désengagement affaiblirait la position stratégique des États-Unis au moment même où la gouvernance économique mondiale connaît une mutation profonde.

Dynamiques changeantes de la représentation mondiale

La controverse autour de la participation sud-africaine se déroule à un moment charnière pour le Sud global. Pendant des décennies, les forums économiques majeurs ont été dominés par les puissances occidentales. L’intégration de l’Union africaine et la tenue du sommet G20 2025 à Johannesburg constituent une avancée historique vers un équilibre plus juste. Paradoxalement, les critiques de Trump mettent en évidence cette transition géopolitique : les économies émergentes ne sont plus des acteurs passifs, mais des forces motrices du nouvel ordre mondial.

Cependant, cet épisode rappelle la fragilité de ces progrès : si les grandes puissances continuent de remettre en cause la légitimité des nations en développement, la construction d’un ordre international inclusif pourrait s’en trouver freinée. La défense ferme de Pretoria sera donc un test de la résilience de ces nouvelles structures de représentation.

À l’approche du sommet de Johannesburg, le monde observe si la diplomatie l’emportera sur la rhétorique. La position de Trump relance une question essentielle : qui définit la légitimité mondiale à l’ère du multipolarisme ? L’avenir du G20 – qu’il sorte renforcé par sa diversité ou affaibli par la discorde – dépendra de la capacité des nations à gérer cette confrontation entre visions opposées de la gouvernance mondiale.

Research Staff

Research Staff

Sign up for our Newsletter