Palestiniens américains et violence des colons en Cisjordanie

Palästinensische Amerikaner und Siedlergewalt im Westjordanland
Credit: theguardian.com

La montée des violences des colons israéliens en Cisjordanie a fait de Turmus Ayya un symbole de la vulnérabilité, de la colère et du sentiment d’abandon politique des Palestiniens américains. Pour les familles munies de passeports américains ou de cartes vertes, la violence n’est pas seulement locale : elle constitue aussi une mise à l’épreuve directe de la capacité réelle de la citoyenneté américaine à offrir une protection lorsque le lieu menacé est un village palestinien occupé.

Le nouveau reportage présente cette situation comme l’histoire de personnes prises entre deux défaillances : l’incapacité de l’appareil sécuritaire israélien à arrêter les attaques et l’incapacité des États-Unis à protéger leurs propres citoyens. Des résidents palestiniens américains affirment qu’après la visite de l’ambassadeur américain Mike Huckabee dans la colonie voisine de Shilo, les attaques contre Turmus Ayya se sont intensifiées, renforçant le sentiment que Washington n’est présent que lorsque cela lui convient politiquement, et non lorsque les habitants sont sous le feu.

Pourquoi la colère monte

La frustration à Turmus Ayya vient à la fois de l’ampleur et de la répétition des actes de violence. Human Rights Watch a relevé que des colons et les forces israéliennes avaient déplacé de force des communautés entières, et l’augmentation des attaques violentes a été attribuée à la négligence d’Israël, l’armée ayant participé aux attaques ou ne les ayant pas empêchées. Une étude juridique note en outre qu’il incombe à la puissance occupante de protéger les civils du territoire occupé contre toute violence de tiers, ce qu’Israël n’a pas fait. Ce cadre juridique et relatif aux droits humains est important, car ces violences ne sont pas décrites comme des actes criminels isolés. Elles sont considérées comme faisant partie d’un schéma plus large de « tolérance », dans lequel les attaques des colons sont prévisibles mais insuffisamment sanctionnées.

Les chiffres de la crise

Les chiffres rapportés montrent pourquoi cette histoire a dépassé les limites d’un seul village. Une note d’analyse de 2023 indiquait que les violences des colons atteignaient en moyenne environ trois attaques violentes par jour, avec 475 incidents liés aux colons ayant causé des victimes palestiniennes ou des dégâts matériels au cours des cinq premiers mois de l’année.

Après le 7 octobre, la situation semble s’être encore accélérée. Selon Human Rights Watch, entre le 7 octobre et le 3 avril, il y a eu plus de 700 attaques de colons, dont près de la moitié avec la présence de soldats, et environ 1 200 personnes, dont 600 enfants, ont été forcées de quitter des zones rurales d’élevage. Un autre rapport de 2025 affirme que 757 attaques de colons ont été enregistrées au cours du premier semestre 2025, soit une hausse de 13% par rapport à la même période en 2024.

Il faut aussi noter le lourd tribut humain payé par des Américains. Selon les sources citées dans les recherches, depuis 2022, au moins neuf Palestiniens américains ont été tués en Cisjordanie par des colons ou par l’armée israélienne, et des sources ultérieures indiquent qu’au moins cinq, puis six, citoyens américains ont trouvé la mort dans la région sur une période de deux ans. Le chiffre exact peut varier selon les sources et la période utilisée dans chaque calcul, mais le constat central reste le même : des Palestiniens américains sont tués, blessés, déplacés et piégés dans un conflit où leur citoyenneté américaine ne les a pas protégés.

Ce que Turmus Ayya symbolise

Turmus Ayya n’est pas un village marginal dans cette histoire ; c’en est l’épicentre. Un reportage de 2023 le décrivait comme une ville prospère de Cisjordanie où 70% à 80% des habitants avaient la citoyenneté américaine ou la résidence permanente, tandis qu’un autre article avançait un chiffre de plus de 90% d’Américains. La différence reflète des estimations différentes, mais les deux soulignent la même réalité : il s’agit d’une communauté aux liens particulièrement forts avec les États-Unis et à la protection sur le terrain particulièrement faible.

Le village est depuis longtemps lié à la diaspora, avec des familles qui y reviennent l’été et y construisent des maisons à la fois comme investissement et comme acte d’appartenance. C’est pourquoi la violence a eu un impact si profond. Un résident a décrit des maisons qui « appartiennent à des Américains » mais qui n’ont « aucune protection », tandis que le maire estimait les dégâts d’une seule flambée de violence à environ 10 millions de dollars. Pour les familles revenues renouer avec leurs racines, les attaques sont aussi un avertissement : le retour lui-même peut devenir une vulnérabilité.

Les attaques et la réponse

L’un des cas les plus détaillés de cette violence s’est produit en juin 2023. Selon Human Rights Watch, des colons issus de colonies illégales voisines ont mis le feu à des voitures, brisé des fenêtres, lancé des engins incendiaires contre des bâtiments, brûlé cinq maisons et 22 voitures, et attaqué les habitants. Plus tard, l’armée a reconnu qu’elle avait « échoué à empêcher l’attaque », affirmant qu’elle n’avait pas eu assez de temps pour arriver en raison de forces déjà mobilisées ailleurs. Cette information est importante car elle contredit l’idée selon laquelle de tels actes de violence seraient totalement aléatoires et incontrôlables. Dans le même temps, des responsables israéliens ont admis avoir arrêté certains colons dans de tels incidents, mais dans le cas de l’attaque contre Turmus Ayya, aucune arrestation n’a été effectuée et aucune indemnisation n’a été versée aux habitants.

Le lien américain

C’est l’aspect américain qui rend cette affaire politique. Les habitants de Turmus Ayya avaient déjà porté plainte auprès de l’ambassade des États-Unis et reprochaient à celle-ci de ne pas répondre à leurs besoins avec l’urgence espérée. Selon l’un des villageois, « le village était paisible mais rempli de citoyens américains qui avaient des passeports américains, et cela n’a rien changé lorsque la violence a éclaté ».

Cette colère reflète aussi celle de Palestiniens américains bloqués à Gaza, qui ont ensuite poursuivi le gouvernement américain pour ne pas les avoir protégés pendant la guerre. Dans cette action en justice, les plaignants ont affirmé que le département d’État discriminait les Américains d’origine palestinienne en les abandonnant au milieu d’une zone de guerre tout en évacuant les Israélo-Américains.

Récits concurrents sur le terrain

Les responsables des colons rejettent l’idée que la violence soit à sens unique. Certains affirment que la région a connu des attaques répétées sur les routes, que la peur grandit parmi les colons et que les Israéliens locaux vivent sous la menace. Un chef de conseil régional a déclaré que les gens devenaient « très imprudents » parce qu’ils craignaient pour leur vie, tandis qu’un autre responsable a qualifié la flambée de violence de mauvaise, tout en soutenant qu’elle constituait une réaction aux attaques terroristes contre les Israéliens.

Les habitants palestiniens, eux, disent que ces explications ne peuvent justifier ni les incendies volontaires, ni les passages à tabac, ni la confiscation de terres. À Turmus Ayya, des familles décrivent avoir été empêchées d’accéder à leurs terres, avoir vu leurs oliviers déracinés ou brûlés, et avoir été attaquées pendant la saison des récoltes par des groupes de colons et parfois par l’armée. Le résultat est un cycle bien connu en Cisjordanie : une attaque contre des Palestiniens est présentée comme une riposte, tandis que cette riposte produit à son tour un nouveau traumatisme et de nouveaux déplacements.

Pourquoi les États-Unis sont accusés

Le problème de l’inaction de Washington ne tient pas seulement au fait de n’avoir rien fait. Certains critiques ont fait remarquer que si le pays pouvait fournir chaque année des milliards de dollars d’aide à Israël, il devait aussi être capable d’assurer la protection de ses citoyens palestiniens américains. Un autre argument souligne que leurs droits humains ne diffèrent en rien de ceux de n’importe quel individu, alors même que ces droits ont été violés sur des bases ethniques ou nationales. Le problème de cette critique est qu’elle dépasse le cadre des services consulaires et entre dans celui de la responsabilité politique et de la politique étrangère. Tout en condamnant la violence, les États-Unis utilisent souvent une formule appelant à une « pleine responsabilité » et à une indemnisation des victimes, mais les Palestiniens américains affirment que leur vie n’est protégée d’aucune manière.

Il est important de noter que cette question concerne bien plus que le village et son administration. Il s’agit, au fond, de savoir si les Palestiniens américains peuvent avoir l’assurance que le pays dont ils ont la citoyenneté les défendra lorsqu’ils sont menacés dans la terre où ils vivent, qu’ils visitent ou à laquelle ils sont liés. Il s’agit aussi de savoir si le processus de colonisation en Cisjordanie, soutenu par la puissance publique mais insuffisamment contrôlé, peut continuer à s’étendre en instillant la peur sans en subir de conséquences. À ce stade, les faits laissent penser que le schéma risque de se répéter : attaques contre des Palestiniens, absence de justice, expulsions, mort de Palestiniens américains et réponse

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Research Staff

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